Elle aurait pu se prénommer Irène

La sirène Irène, Irène sirène, ah ! ah ! ah !

Fort heureusement au ridicule elle échappa

Morgane, c’est ainsi que sa maman l’appela.

Ouf !

La belle créature s’ennuyait ferme dans les bas-fonds

Avec pour compagnie les sardines et les thons

Avertie et avisée, prudemment elle évitait celle des maquereaux

Qui ont la fâcheuse réputation de naviguer entre deux eaux.

Remontant un jour en surface, elle vit passer un bateau

Du bout des doigts, 1,2,3,4,5,6,7,8,9… à la coque elle frappa

Intrigué, un beau marinier par le hublot, un œil curieux jeta.

« Holà ! Qu’est-ce là ? Qui va là ?

 

– Matelot, par ce hublot, mate l’eau

Admire mes appas, mate l’eau matelot !

Morgane, la belle sirène, c’est moi.

si tu le veux, je suis toute à toi.

 


DR

– Troublante créature, d’une étonnante constitution,

moitié viande moitié poisson

Je ne saurais répondre à ton aimable proposition

et envisager sereinement l’acte de chair

très chère.

Avec mon respect et mes regrets, tendre Morgane :

Je dois t’avouer que suis vegan. »

La prêtresse de l’Amour dut se faire une raison

Et mettre un bémol à sa passion.

La sirène ne sait nager à contre-courant.

 

*** fin ***

 

Dernière heure.

La sirène éconduite avait pris la fuite, dépitée, le matelot ayant vivement repoussé ses avances, déclarant être résolument adepte du régime végan, ni viande, ni poisson, tout végan… Alors, consommer avec une sirène, il ne fallait pas y songer !

Cependant… Rebondissement. On nous apprend que…

 

Tourna le vent, ainsi le vent va. Le matelot changea d’idée et de cap.

Après tout, à y bien réfléchir, l’occasion était belle, pourquoi la laisser échapper !

A la tentation il céda.

 

Un péremptoire coup de sifflet, hop ! La belle refait surface.

Piquant une tête dans l’eau, l’homme du bateau, un deux trois, plouf ! la rejoint.

L’une et l’un ardents consentants s’unissent dans la chaleur torride du désir.

 

Comment résolurent-ils le problème d’organisation dans l’opération, mystère.

Les amants d’un instant sur leurs aquatiques ébats furent d’une absolue discrétion. Pas de bruit, pas de vague.

Qu’importent, ils le firent.

 

C’est ainsi qu’un jour, plus tard, un beau jour, alleluia,

La sirène fut ravie maman. le marin heureux papa.

 

Naquit de l’union un costaud rejeton que la génitrice habilla illico en matelot.

Le portrait craché du père, tout pour plaire.

Deux bras, deux jambes, doté des indispensables vitaux masculins attributs.

DR

Tout pour plaire, vraiment.
Vraiment ?

Enfin, presque.

Hélas pour lui ! de sa mère, l’enfant hérita d’une fort désagréable odeur de poisson.

 

Le pompon pour un matelot !

 

*** fin ***

« Je crois ! » affirma l’abbé, mains jointes,

yeux levés vers le ciel où loge son dieu, père éternel,

quelque part, on ne sait précisément où,

il y a tellement de place dans l’espace,

L’homme en noir psalmodiait tel le coucou :

« Oui, oui, qu’Il soit béni, je crois, je crois » (etc.)

 

L’écoutant, railleuse et dubitative, une grenouille l’interrogea :

« En quoi, grands dieux, en qui tu crois ?

Coa coa ! » (etc.)

Un corvidé à gros bec, lui aussi de noir vêtu,

un freux assez affreux, le créateur l’avait fabriqué ainsi,

doctement, souvent le veut le port de l’austère habit noir,

s’adressa au païen de batracien :

« Quoi ! il l’a dit et redit, tout comme moi, il croit.

Croa croa ! » (etc.)

 

C’est alors que, miracle, spontanément, une deux trois,

Ils entonnèrent l’hymne à la foi et à la joie.

« Crois, coa, croa » (etc.) 

… ce qui n’entraînera pas automatiquement un passage à l’Olympia.

*** fin ***

 

 

« Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,

le Héron au long bec emmanché d’un long cou. »

Ainsi s’interrogeait Jean de La Fontaine.

 

Le héron errant tournait-il en rond ?

Belle interrogation !

 

« Hé, Jeannot ! – l’apostropha au passage l’impertinent Pierrot –

Ch’ peux t’ refiler un tuyau servi tout chaud par la Maison Poulbot :

Il s’en va retrouver un perdu de vue ancien poteau. »

 

En leur prime jeunesse, arbre et oiseau furent proches voisins

Chacun de modeste condition. A l’origine un œuf, une graine.

Pour le héron, un coup de Papa à Maman

Pour le saule, un coup de vent.

 

Côte à côte, à leur façon, ils avaient grandi.

L’un s’affina, tout fut fin et long chez lui,

l’autre prit, touffu, hauteur, volume et s’épaissit.

 

Au fil du temps, fatalement, leurs voies avaient bifurquées.

Le saule, trapu et feuillu, assigné à résidence, figé pour l’éternité,

Le héron, libre de mouvement, parcourant ciel et terre comme le font les ailés.

L’arbre, sagement, prospère et pépère s’était rangé des affaires

L’échassier pour sa part n’avait eu de cesse de s’envoyer en l’air.

 

Certain jour, sonna l’heure de leurs retrouvailles.

 

Le héron, le géant vert asticota et taquina, même un peu au-delà :

 

« Depuis ce jour où tu as vu le jour

Pas plus d’un pouce que d’un doigt de pied tu n’auras bougé, mon balourd.

N’as-tu jamais dans les jambes ressenti des fourmis, gros engourdi ?

Tu aurais pu voir du pays, te faire des amis et mieux, des petites amies.

Aller loin t’aurait évité cet embonpoint.

Seulement voilà, enraciné, tu n’en fis rien.

Moi, qui suis adepte de l’exercice quotidien,

n’envies-tu pas ce jour ma taille et mon maintien ?

 

– Certes, je suis quelque peu massif côté ramure

Mais qui cela gêne ? Je ne fais pas souffrir outre mesure la nature.

Chez moi, chacun peut trouver gîte et nourriture

Altruiste je suis, nullement égoïste. J’accueille les bouvreuils

et toutes sortes de passeraux, pies et corbeaux, des écureuils

J’offre volontiers mon tronc en support aux plantes grimpantes

qui se désespérent d’être rampantes

Toi, tu vas, tu viens, dans les airs montes et sur terre redescends

L’air supérieur, du matin au soir, indifférent, fier comme Artaban

Reste planté des heures à guetter tes menues proies d’un œil rond

semant la terreur chez les batraciens et la gent poisson.

 

Le divin commandement « Tu ne tueras point » aurais-tu oublié ?

A l’heure du jugement dernier, au soir du grand soir,

À ton avis, qui sera bon à griller dans l’infernale rôtissoire,

pour l’éternité condamné et damné ? 

Penses-y dès aujourd’hui mon cher ami. »

 

C’est alors qu’on retrouve au bon moment le bon JdLF,

– spécialiste reconnu en conclusions –

Rencontre opportune, piquons-lui sans vergogne une citation : 

« Garde-toi, tant que tu vivras,

De juger des gens sur la mine. »

*** fin***

 

Hep !

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” Le Big Boss veut qu’on fasse des marmots
Chéri, il va falloir dare-dare se mettre au boulot.
Pour respecter le divin règlement, en avant ! ”
déclara l’impétueuse et sulfureuse Ève au placide Adam.


 D.R

 ” Misère ! j’ai égaré la notice dans le Jardin des Délices !
rétorqua piteusement l’étourdi mari.
Au nom du Père et du fils
Nous ignorons quel orifice fera bon office ?
Qu’est-ce donc là chez moi ces bosses, chez toi tous ces trous ?
Que faire et qu’en faire ? Et nul ici ne peut nous renseigner
Puisque nous sommes les premiers.
Le serpent ment comme un arracheur de dents
Ne nous fions pas à lui pour faire des enfants,
Il nous a déjà valu pas mal d’emmerdements.”

Comment alors devaient-ils procéder pour procréer ?
Vice et versa, au diable la vertu, ils allaient tout essayer.
À l’envers et à l’endroit, de haut en bas, dans tous les sens,
Y compris à contre-sens, pour qu’arrive à bon port la semence.

L’idée leur vint de demander conseil au Saint-Esprit, une fois,
Et de l’histoire de l’humanité ce fut le premier ménage à trois.

A la tâche avec ardeur nos deux béotiens s’attelèrent
Et furent les premiers authentiques pervers sur Terre.

Ainsi Ève enfanta de son Caïn d’aîné de gosse.

Ayant le mode d’emploi, pour la suite, Abel et Cie,

ce fut plus classique, plus rapide et fastoche.   **

Comme l’a énoncé doctement Jean de la Fontaine,
” Nous devons tout à nos aînés. “


Dans notre longue histoire, que de fois ils furent copiés !

*** fin ***

* légèrement en avance sur son temps !

** c’est à eux que nous devons la nuit de noces.

 photo Yveline Gautron

 

Je ne suis pas du genre à me vanter, mais…

vraiment, j’aurais pu faire belle carrière

en catégorie supérieure, promotion fauteuils Voltaire.

J’avais assurément en main tous les atouts pour plaire.

 

Accueillante ô combien, confortablement rembourrée

pour qui désirait y déposer son fessier.

 

Quand, après en avoir largement profité, le séant a levé le camp,

que sa commère la mer s’est retirée sur le champ,

le fond défoncé,

j’ai eu le sentiment d’être abandonnée.

 

De dépit sur le sable les bras m’en sont tombés.

 

Misère, sans eux, avec désormais pour seul attrait cette piètre paille

à toute heure, de tôt à tard, je piaille et rouscaille

 

Voilà pourquoi on m’a vilainement surnommée l’Amère La Chaise.

 

Je connais du côté de Ménilmontant un parent parisien,

tout disposé à m’offrir paix et repos dans un petit coin.

 

*** fin ***

Hep !

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« Houla houla houlala, pincez-moi, ouille ouille.

Ça me gratouille bien plus que ça me chatouille

Ça m’ colle franchement une furieuse trouille.

 

Que vois-je en haut, installé chez nous,

Là même où se posaient en paix nos mamans et papas

Il y a quelque chose qui cloche, le monde est devenu fou.

Mais qui c’est celui-là, ce paria, c’ t’oiseau là ?

Il vient d’où ? d’Afrique, d’Asie ou je ne sais où ?

Un de Tombouctou, un Bantou, un Zoulou ?

 

Ciel, mais comment peut-on être si noir

Un véritable cauchemar, à n’y pas croire.

Ce qui est certain, c’est qu’il n’est pas d’ cheu nous,

Rentrez vite les enfants, méfions-nous. »

 

Désignant un merle, ainsi s’adressait une tourterelle à ses compagnes

Rassemblées sur un arbre, sur la place d’un village de campagne.

Interrogeons-nous.

 

En quoi donc seraient-elles ces donzelles supérieures au fantastique siffleur

elles qui ne savent du matin au soir que sur deux notes sans moduler roucouler

Supérieures simplement par et pour leur couleur ?

Ce sont des idées d’un temps révolu qui méritent un bon coup de pied au c…

Aux propos racistes et à la xénophobie, nous devons fermement nous opposer

Et ne plus les écou…

crou crou crou crou crou crou crou crou

écouter

Blanc ou noir, noir ou blanc

Siffleur ou roucouleur

LCL ou Crédit Agricole

Confiture de groseilles ou cassis

Radis noir ou radis blanc

Vous ou moi…

Qui est le meilleur ?

Quel est le meilleur ?

Quelle est la meilleure ?

Où vont vos préférences dans les différences

Dans nos différences ?

*** fin ***

Hep !

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