Un âne, un héron.
Les bons sujets, on ne les lâche pas.
Et vous, vous n’y échapperez pas.

Un certain âne, animal réputé têtu, avait un taraudant souci.

Il était d’esprit fin en dépit d’une réputation de porteur de gros sabots.

De la teneur dudit souci vous ne manquerez pas d’être surpris,

un sujet bizarrement le hantait : la sécurité sur les routes !

Et ne mettez pas, je vous en prie, ma parole en doute.

 

Sur les routes, la mortifère vitesse automobile le préoccupait.

Comment y remédier ? Le quadrupède y réfléchissait.

« Halte aux hécatombes ! Pour éviter le pire et que cela empire,

je crois avoir trouvé le truc pour inviter les bolides à ralentir

– déclara-t-il au flegmatique héron qui voisinait dans les environs.

Afin de ne pas être doublé par le chameau, la bête à deux bosses,

je fonce demain aux Ponts et Chaussées et y rencontrerai le big boss

pour breveter l’idée et déposer mon dos, le dos-d’âne, sur l’officiel panneau. 

Gare aux secousses et à moi la célébrité !

Et vous l’ami, si comme moi vous souhaitez passer à la postérité,

Auriez-vous une petite idée ? »

 

Désarçonné par la question, pris à contre-pied d’échassier,

le héron dont on sait le peu de bon sens,

par nécessité ayant d’autres poissons-chats à fouetter,

resta bec cloué.

Sur le sujet, d’idée ? Le héron, point.

 

Pourtant. Pourtant.

L’esprit un peu plus éveillé il aurait compris que sa contribution était là :

Il possédait la bonne réponse dans sa non-réponse.

 

*** fin ***

L’oncle Gaston (Tom étant déjà pris et réservé) tapota délicatement sa pipe sur son talon – tap tap tap – et l’enfourna dans la poche de son large pantalon.

 

Il toussota et en guise de sommaire ramonage nécessaire se racla la gorge, le tabac vous colle un genre de suie dans les conduits. Si on veut être entendu, mieux vaut faire le ménage dans les tuyaux. Par précaution, au préalable évacuer.

 

« Hum hum hum ! Silence dans les rangs, écoutez bien l’histoire que voilà ! »

 

Les enfants en ordre se rassemblèrent,

en rond autour de tonton conteur,

se mirèrent en position tailleur.

 

« Il était une fois…

– Les histoires débutent toujours ainsi depuis bien longtemps

 

Il était une fois, dans un enclos trois drôles de cocos,

à qui mieux mieux sur ce qu’ils estimaient être un mauvais coup du sort,

se lamentaient et bruyamment se plaignaient.

 

Une ânesse, une chèvre et une poule.

photo Yveline Gautron.

 

Furieusement, l’une brayait, l’autre bêlait, la dernière caquetait.

L’ânesse protestait rageusement en tapant du sabot  :

« Mon mari est un âne, ignorant, têtu, fieffé buté.

Allez donc faire entendre raison à un animal bâté !

Qu’ai-je fait au ciel pour mériter un si grossier partenaire ?

Pourquoi ne suis-je tombée sur un compagnon éduqué ? »

 

La chèvre dans les véhémentes protestations n’était nullement en reste :

« Je vous comprends ma chère, pour ma part je n’ai pas non plus été gâtée,

Dieu m’a abandonnée en me confiant au Diable !

Mon barbu de bouc est une brute, à toute heure, du matin au soir, en rut,

Sans aucun souci de ménager ma fragile croupe

qui en est endolorie à un point que je ne peux plus m’asseoir !

Et de surcroît, il pue pue pue… mais pue pue tant que je n’en peux plus. »

 

La poule, tout en picorant à son habitude inlassablement, geignait :

« Vous vous plaignez mesdames mais que dire du mien, de cet emplumé vaniteux,

Un bellâtre, coq tout à la fois de la basse-cour et du village

Sous mes yeux, toutes mes frangines passent à la casserole.

Comment expliquer ce comportement paternel à mes enfants, poussins sains ? »

 

Elles en appelèrent au ciel.

Pris à témoin, Jupiter qui règne tout là-haut en compagnie d’autres éminents confrères, agacé par les bruyantes jérémiades, répondit tout en se défaussant sur son collègue l’autoproclamé Créateur, celui qui aurait tout inventé, de la machine à café à la crème de beauté, le fil à couper le beurre, sans oublier le tire-bouchon :

 

« Je vous entends d’où je suis, je suis loin d’être sourd, amplement je compatis

Mais je ne me sens nullement responsable de vos prétendus malheurs

Après réflexion, cependant je déclare que vous n’êtes pas les plus mal loties

Honnêtement et franchement, de quoi vous plaignez-vous ?

Regardez autour de vous !

 

Modestes créatures, soyez un instant objectives

et songez à la misérable condition de madame Pou.

Son mari est vilain comme tout – ne dit-on pas laid comme un pou ? -,

Et sa progéniture, ce qui l’agace considérablement, est lente mais lente…

 

Pou pou pou pidou.

 

Quant à vous trois,

je vous conseille de continuver à vaquer à vos coutumières occupations,

Il faut savoir raisonnablement se contenter de votre terrestre condition.

Le Créateur, avec qui je ne saurais entrer en conflit, on se serre les coudes ici, l’a voulu ainsi, faites avec. Voilà mon conseil. »

 

Sur cette sentence sans appel, Jupiter en grand juge de paix (des ménages) dignement se retira, considérant avoir avec sagesse réglé le problème des plaignants.

 Les dieux surchargés de dossiers sont ainsi, ils se doivent de gérer au plus vite et au mieux les affaires courantes.

Tonton Gaston signifia qu’il en avait terminé, qu’on pouvait se lever.

 

Il restait à l’auditoire à méditer et tirer leçon de cette morale.

 

Merci encore à lui d’avoir narré cette édifiante histoire (à dormir debout).

 

*** fin ***

 

Hep !

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Alain Gautron, le Rêve Bleu, alain-apln-blog.fr

Océanique, oceanique.eklablog.com.

 

Un problème de tuyauterie.

 

« Ah ! l’excellente et belle aubaine.

Aujourd’hui assurément c’est mon jour de veine !

Voyez donc l’affolant tour de taille de cette dodue carpe

Du bec, je te l’attrape et la passe à la trappe

d’un coup, hop, je te l’avale.

Sûr que ce sera un vrai régal.

C’est parti.

Tout cru, vite dégluti. »

 

 

Voilà ce qui trottait dans la petite tête d’un héron

qui avait atrocement l’estomac dans les talons.

 

Trop de hâte nuit ! Bien mal lui en prit, le glouton fut sur le champ puni.

L’appétissante proie se coinça dans le long conduit du kiki.

les tuyaux se révélant au passage par trop étroits,

il en mourut sur le coup étouffé, sans avoir savouré l’espéré repas.

 

En toute chose, agissons avec modération

Avoir les yeux plus gros que le ventre n’a jamais été bon.

Au bord de l’étang, gisant, l’échassier l’apprit à ses dépens.

 

Quant à la carpe, fidèle à ses ancestrales habitudes

ce n’est pas une surprise,

elle n’en bâilla pas une,

résolument et définitivement muette.

 

Pour en savoir plus, il ne faudra pas compter sur elle.

 

*** fin ***

Ouarzazate bascula dans l’Histoire, quand passa le grand souffle,

comme passe depuis toujours le vent chaud du désert.

 

L’ancien seigneur maître des lieux, le Glaoui, splendide à son époque, est mort depuis longtemps, à un âge avancé, à un âge qu’on dit respectable.

Il était puissant et ambitieux. A tort, erreur de calcul, il misa tout sur les Roumis. Mal joué, il perdit gros sur son hasardeux pari.

Le grand homme convoita le trône, aidant l’occupant à en chasser le légitime propriétaire. Mais un jour, vilain tour, triste jour, revirement de la politique, le roi attitré revint d’exil et le Glaoui dut se soumettre, devant son souverain s’agenouiller, faire amende honorable, acte d’obédience, demander pardon humblement.

 

Majesté, puissance, splendeur, richesses : il perdit tout.

Il partit vers le néant, inexorablement, misérablement.

Désormais le palais est à l’abandon, livré à la molle curiosité de touristes distraits qui ignorent le plus souvent qui il fut, ce que fut sa vie, sa gloire passée.

Les grandes pièces sont vides, la vie a fui elle aussi.

Il n’y a plus âme qui vive au balcon pour admirer les fêtes grandioses. De fêtes il n’y eut plus. Personne derrière les grilles de la pièce réservée aux concubines. Malgré les barreaux elles se sont enfuies au loin.

La chambre de la favorite est vide, aussi, on ne l’apercevra plus épiant derrière le grillage auquel s’accrochent les moineaux roturiers, si heureux de s’ébattre au grand soleil, avec des sensations de liberté tout plein leurs petites têtes de filles et fils du peuple.

 

Par privilège, la favorite logeait dans la plus haute pièce. Que de marches à gravir pour le vieil homme, de quoi faire tomber le désir du seigneur lorsque lui prenait l’envie d’une visite. Poids des ans augmenté par le nombre de marches. Sûr que la dame de tout là-haut avait ses secrètes recettes pour l’attirer à elle mais chaque marche de douleur le faisait gémir.

Il arrivait au but, souffle court. Ce qui n’est guère séant pour faire la cour.

Adieu à toi El Glaoui, adieu concubines voilées, adieu favorite, adieu les fêtes de jadis.

Des moineaux, il ne reste que cela.

*** fin ***

 

Sur la place de l’Étoile il était une fois un pigeon tournant en rond

Curieux de tout comme savent l’être les pigeons

Hochant mécaniquement du cou, allant deci delà, l’œil vagabond.

Des touristes en ce lieu idéal il observait les étranges façons.

 

Notamment de celles-là, venues tout droit d’un Japon lointain,

Qui malgré le soleil présent s’abritaient sous leurs pépins.

De quoi, pour un colombin, en perdre son peu de latin !

 

« Non mais ! ça ne tourne pas rond chez les friands de riz

Par ce temps radieux, non mais, des parapluies, en plein midi, ici, à Paris.

Quoi ! Que redoutent-elles les filles du Soleil Levant ?

Moi qui en ai vu tant et tant, j’en suis comme deux ronds de flan !

Hep ! Qu’avez-vous dans la tête mes toutes belles geishas

Fourrez les armes dans le carquois, non ! il ne pleut pas.

Hé ! les massacreurs de baleine, rangez tout le saint-frusquin

Ce n’est pas exactement l’heure de la douche et du bain

Celle où d’ordinaire traditionnellemnt se savonnent les Nipponnes.

 

Elles se protègent, me souffle-t-on, de pervers reflets pour lire sur une tablette

Et savoir vers quoi judicieusement diriger leurs gambettes.

Où diable avais-je la tête ? J’avoue être absolue vieille baderne

et méconnaître tous ces outils qui guident dorénavant la vie moderne.

 

Dans la longue et glorieuse histoire des pigeons voyageurs,

Ni boussole, ni console, tous ces machins en ette et en phone,

Point de lunette, de casquette, nulle mallette,

Fi de ces gadgets dont on n’avait aucun besoin,

nous, les bêtes que d’aucuns prétendent bêtes.

On prenait l’air, hop hop hop ! en avant toute.

Et sans recours aux iques et ettes, musique et musiquette,

que j’ m’envole au loin sans tambour ni trompette à tire-d’aile. »

 

Mécanique, technique, aéronautique, informatique, numérique, robotique…

Les temps d’évidence ont bien changé, pour notre pigeon voilà le hic !

C’en est fini des zélés facteurs ailés et de la machine à vapeur.

 

Pigeon va devoir d’urgence son manuel du XXI ème siècle étudier.

*** fin ***

Hep !

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Le héron, toujours lui, encore lui…

La Fontaine dans ses fables abondamment l’utilisa et en fit grand cas,

Du poète, avec mon petit talent, je marche modestement dans les glorieux pas

Avec votre autorisation qu’il me soit permis de n’en rougir point.

 

Le héron cendré, authentique râleur, observait une paisible troupe de cigognes

et comparait aux siennes leurs physiques conditions.

Et de ne cesser de geindre, se plaindre sur son sort et se lamenter.

« Non mais ! De leur plumage, admirez ce blanc immaculé.

Voyez ces grandes ailes parées du plus profond noir.

De leur bec, de leurs pattes, constatez l’éclatant rouge !

Et maintenant je vous prie, examinez moi, objectivement, attentivement.

Inutile de s’extasier, nulle touche de fantaisie, gris uniformément.

 

Le Grand Fabricateur n’aura guère fait preuve d’imagination

La grosse fatigue en fin d’une semaine chargée ?

Le jour où il s’est décidé à boucler son colossal chantier

n’avait-il donc plus de teintes flamboyantes sur sa divine palette ?

Parce que j’étais selon ses vœux destiné à fréquenter les eaux

devait-Il absolument me faire si terne ? »

 *** fin ***

Hep !

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Un cactus, dont le culot ne manquait pas de piquant,
au papillon dans les alentours paisiblement voletant,
Lança de lestes propositions fort peu honnêtes
Avec tout un tas de trucs en ette (au lecteur de compléter)
– il aurait été question de galipettes et d’exotiques brouettes,
De quoi choquer quand on se mêle de conter fleurette !

Avant de poursuivre sa quiète ronde
L’interpellé rétorqua à l’immonde :
“Si tu as urgent besoin de telles tendresses,
Cherche-toi une libidineuse maîtresse.
L’amour avec toi c’est qui s’y frotte s’y pique !
Très peu pour moi de tous ces jeux érotiques.

A ma connaissance, un ascétique fakir indien
Peut être tenté par tes très particuliers câlins.
Moi, petite créature fragile, quand je tutoie Éros
c’est pour mener tendre délicate joueuse noce
Pas pour les plaies et bosses de l’amour rosse.”

 “Peace and love, my  brother !” dit-il en prenant congé.
Monsieur Butterfly usait en effet d’un anglais soigné.

*** fin ***

A-t-on jamais vu poulet de Bresse mourir de vieillesse
sinon des suites d’une invraisemblable maladresse ?

Vieillir exagérément n’est pas le destin du poulet de grain *
Inutile d’en appeler à tous les saints pour qu’ils veillent au grain
inexorablement il se retrouvera occis, c’est ainsi.
Que le Grand Vieillard Barbu soit béni ! **

Poulet finira servi rôti dans l’assiette
ou à la supérette en croquettes
sur les rayons réservés à nos amis
animaux, dits de compagnie.

La faim des uns peut-elle justifier la fin des autres ?


* Qu’il se console, point ne se désole, il échappe à Alzheimer.
En toute chose l’aspect positif est à considérer.


** et qu’Il soit Loué, au même titre que de qualité du réputé poulet l’est.

 

 

Gardez-vous de succomber aux propos des beaux parleurs

Ce sont trop souvent des oiseaux de malheur.

Un de la gent à ouïes à ses dépends l’apprit.

Lisez ce qui suit et ce qui s’ensuivit.

 

Tout autant incongru que celui des canards et de la tortue de la fable

étonnant attelage,

surprenant compagnonnage,

que celui du héron et du poisson.

 

Fréquentant les mêmes rivages, ils firent connaissance au lac des Settons

et après quelques palabres, décidèrent de partir en excursion.

 

« Toi qui ne connais que les ténébreux fonds,

je te propose de découvrir de lumineux horizons

Morvan et Bourgogne de haut nous survolerons.

Prenons dès à présent la voie des airs et de concert, voyageons ! 

Je serai la montgolfière, c’est un genre de gros ballon

et te ferai jouer les Gambetta à ma façon. »

déclara l’échassier que le Diable, tous nous le savons, créa glouton.

 

L’hôte des eaux fort tenté par l’expédition mordit sottement à l’hameçon.

Mal lui en prit. A peine tiré de l’eau, le héron cédant à ses vieux démons

sans respect pour ses préalables déclarations de bonnes intentions

dirigea illico dans son estomac le candide cousin des gardons et goujons.

 

« Hop ! Je t’avale, crédule couillon, tu ne verras pas même Avalon. »

 

Au grand jamais nos ennemis, amis ne sont et ne seront.

Voilà qui vaut avis et pas seulement à l’attention des poissons.

*** fin ***

 

Florian en son temps l’énonça dans une de ses fables :

« Ce qui prouve deux points : d’abord qu’il est utile

Dans la douce amitié de placer son bonheur,

Puis, qu’avec de l’esprit, il est souvent facile

Au piège qu’il nous tend de surprendre un trompeur. »

(L’écureuil, le chien et le renard)

 

Que la carpe ne l’eut lu !

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Hep !

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Alain Gautron, le Rêve Bleu, alain-apln-blog.fr

Océanique, oceanique.eklablog.com.

La chaste coccinelle ne veut à aucun prix
demeurer plus longtemps sans mari.
Un mari certes oui mais d’un beau parti.
Pas du tout comme celui de Madame Pou
affublée d’un si grotesque et laid époux.

Un beau mec, oui oui,
un laideron, non non.

Le rouge aux joues, elle guette le fameux Prince Charmant
avec ou sans cheval blanc – ce qui n’est pas le plus important
celui qui lui apprendra de l’amour les élémentaires rudiments
après avoir reçu de la future belle-maman l’obligé agrément.

Avec l’espoir de mieux séduire cet amant qui se fait attendre
elle dirigea ses pas (de coccinelle) vers le salon d’esthétique
où d’une couche de cire en larges applications
on fit disparaître les points noirs suspectés d’être d’affreux comédons.

Toute rouge la voilà !
Un genre de cerise volante.

Le Prince s’y retrouvera ?

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