Le saviez-vous ? Le canard est volontiers taquin.

Il adore provoquer ses voisines et voisins.

 

« Bien l’ bonjour les filles ! Permettez-moi de me présenter :

Je suis Benjamin, Benjamin le chaud lapin,

Mesdames et Demoiselles, à votre service pour vous divertir.

 

Évidemment je blague, riez, rions,

d’évidence lapin ne suis point.

Blague dans le coin, au coin du comptoir.

Je suis Edgar le canard, l’as du canular…

 

Pensez à votre réputation. Pour des rieuses vous n’êtes guère joyeuses.

Serait-ce le froid vif qui vous met en ce léthargique état,

vous paralysant pattes, ailes et bien au-delà ?

 

Je réponds présent. Tel le valeureux et intrépide Chevalier Bayard,

je vole à votre secours sur le champ, moi l’exquis Edgar.

Par une de mes fines plaisanteries, je vais illico briser la glace.

Un deux trois. On y va ?

 

Par un leurre, vous vous fîtes piéger

Dramatiquement, vous confondîtes

Miroir aux alouettes et mouroir aux amies mouettes

Hi hi hi ah ah ah, blague dans le coin, coin coin.

Rillettes rillettes, fillettes mouettes, riez riez… »

 

Transies mais l’esprit nullement au ralenti,

elles y allèrent d’une vive répartie :

« Pauvre tocard d’Edgar, grave erreur de ta part,

ici c’est l’amarre au canard. »

 

Et toc ! Pan sur le bec, dans les dents.

Si on peut dire…

Ami ou ennemi, à malin, malin et demi.

 

*** fin ***

 

Hep !

 

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Océanique, oceanique.eklablog.com.

 

 

Je suis fatigué

Très fatigué

Fa-ti-gué

Fa-ti-gué

Fa

Ti

Gué

Je vais me coucher

Me cou-cher

Cou

Cher

Je suis allongé

A-llon-gé

Je veux dormir

Dor-mir

Mir

Dormir m’irait

Bientôt je dormirai

Dor-mi-rai

Rai

Silence.

Je m’endors

Dors

Dor

Do

D

Le maître de ballet les uns et unes remercia :

« A tous, merci et à plus tard ! »

Et l’autre rangea dans le placard.

 

A certain déclara : Pleurniche pas, ce n’est qu’un titre « petit rat »

Rien de moins, rien de plus. Retire-moi ce tutu

Et dans la glace jette un œil sur ton versant fessu.

Rassure-toi, d’appendice caudal long et poilu tu es dépourvu. »

 

Petit rat, le cou se tordant, sur le champ constata, de joie sauta.

De queue, effectivement, il n’y avait pas !

 

Finie à jamais l’angoisse de croiser le matois chat.

Petit rat n’était pas un vrai rat.
Rat non pas mais tout bonnement Rat de l’Opéra !

 

« A moi les délicats entrechats et le cha cha cha

Même pas peur du chat cha cha cha

Pas papa rat, pas d’apparat

Rat mais pas rat, pas chat pacha

 

Turlututu en tutu, qui vivra verra

Taratata, Tara rata tata

Ah ! Ça ira, ça ira, ça rira. »

 

La compagnie gracieusement salua

et sur la pointe des pieds fila.

 

 

Sur sa branche perché, le pigeon n’en revenait pas,

ne s’en remettait pas, il n’avait jamais vu ça ! Il en était baba.

« Qui va là ? Que voilà ? Halte-là !

Que vois-je ? Qu’est-ce ? Qu’est-ce là que cet échalas ?

Un authentique squelette tombé dont on ne sait quelle planète,

Assurément venu de perpète…  

 

 

– Cher Monsieur, détrompez-vous, je ne suis pas un squelette.

Je reconnais être certes un peu maigrelette

Même dépourvue de rebondies fesses et de ronds seins,

à y regarder de près, je suis un beau brin de fille néanmoins.

A ma façon particulière, somme toute, une jolie petite gosse

 

Comme je n’étais pas bien grosse, sans bidoche, tout d’écorce,

certains moqueurs m’ont autrefois surnommée Brindille.

Mon vrai nom, c’est Camille.

Plus tard je veux devenir fleuriste.

 

– Naïve maigrichonne, garde-toi d’emprunter la mauvaise voie

Parole d’expérimenté ramier, crois-moi, tu risques de tomber de haut,

Taille et poids, je te l’assure, tu as tout tout tout, tous les atouts

pour être non pas fleuriste mais exceptionnelle fil-de-ferriste.

 

On est là tous les deux, en plein vent, à discuter le bout de gras, et tu as froid.

Je t’offre volontiers pour un instant un toit en t’accueillant chez moi.

J’ai de quoi te distraire aimablement avec moult jeux de société

et lorsque tu en seras lassée, te réchauffer sous un édredon en plumes

Puis, selon l’usage, tu le comprendras, j’userai de mon légitime droit de cuissage.

 

Négligeant sa vocation pour le commerce des fleurs

Brindille outrée par les propositions du monte-en-l’air

sur le champ joua les filles de l’air,

fille fil-de-ferriste à contre-cœur.

 

Ami, la morale retiens :

En chaque chose, il faut considérer la fin

(La Fontaine)

*** fin ***

 

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Voisine et voisin

La statue et la rose dans un grand jardin.

L’un, stoïque et massif, par les années marqué,

Dans la roche noircie à jamais sculpté

L’autre, aguichante, un tantinet frivole

Dévoilant volontiers ses charmes sous la corolle.

Émoustiller les mâles endormis sur le tard

est pour la fleur tout à la fois un jeu et un art.

 

« Hé, le tas de pierre, t‘as quel âge au juste Auguste ? Tu dors ?

Réveille-toi, regarde comme je suis jeune, colorée, svelte et fraîche,

Je me balance au moindre alizé, je bois le soleil et l’eau à pleines goulées

Franchement, ma prestance tu devrais envier,

Car toi, tu es là, indifférent, figé sur ton socle depuis une éternité. »

 

Interpellé à la provocatrice calmement rétorqua :

 

« Pour moi qu’importent la pluie, le vent, le soleil, les frimas

Ce qui, effrontée, n’est pas ton cas, ce que tu ne sais pas.

Vois déjà comme tes pétales commencent à décliner.

 

Dans ta famille, j’en ai vu passer et trépasser tant et tant.

Tes arrière-arrière grands-mères, et même au-delà

Tes grands-mères, ta mère, tes cousines et tantes

Toutes provocantes, bien vivantes puis rapidement mourantes

Toutes sont parties, après une courte vie, vite flétries.

 

Qui d’elles se souvient encore, qui s’en soucie ?

Moi, que tu crois sans vie, je suis encore ici.

Comme elles bientôt tu nous quitteras

et je serai impavide toujours là.

Dis-moi, sincèrement, qui de nous deux est à envier ? »

 

*** fin ***

 

Hep !

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dessin de Céline

 

Il était une fois un dodu et blond épi de blé
Qui entendait profiter de l’été pour voyager.
C’est vrai quoi ! Comment ne pas se lasser
Tout au long de l’année d’être au même endroit planté.
d’autant que la Beauce, quelle que soit la saison, n’a rien de folichon.
Chacun peut comprendre ses légitimes démangeaisons.

Tout à la fois, il envisageait de ficher le camp,
prendre la poudre d’escampette et du champ.

Oui mais…
Tout est compliqué quand on risque d’être prochainement fauché
si on n’a eu la sagesse de mettre un peu de blé de côté.

Un oiseau charitable qui passait par là
– un genre de moyen-courrier, formule économique pour voyager –
La bonne solution lui proposa et sur-le-champ d’un coup l’avala.
Hélas ! L’épi voyagea inconfortablement en soute. Quel dommage !
Il ne vit absolument rien du paysage.

L’oiseau le largua de haut sans parachute.
Combien brutale et cruelle fut la chute.

 

 

dessin de Céline

Venue sans crier gare des tréfonds
Une larme de fond a perlé en surface
Puis a coulé lentement sur la joue
Laissant sur ton maquillage
Le sillon marqué du naufrage.

Elle a roulé le long de ton cou
Là où hier encore je déposais des baisers
Puis dans un léger tissu a subitement disparu
Sans se fendre d’un salut à la compagnie,
J’ai compris qu’entre nous aussi c’était fini.

En effet ce le fut.
De ma vie, comme elle de ma vue,
toi aussi tu disparus.

 

Alarme.

 

dessin de Céline

 

Comme la goutte d’eau qui glisse sur la feuille du tamaris

Une larme perle sur les cils de la tendre Alice.

Ciel ! que ce spectacle est triste.

Après la pluie viendra le beau temps

Même si souvent il se fait attendre longuement.

La larme tombera et éclatera

Le gros chagrin s’envolera.

 

Ô douleur ! Ô douleur ! Le Temps mange la vie…

Charles Baudelaire.

 

Elle attend

Elle attend

Sous le regard indifférent de Benicio del Toro.

Quoi ? L’heure de l’apéro ? Le dernier métro ?

Elle attend

Mais qui, qui ?

Son chéri, une amie, un ami,

Un parent, un amant ?

Seule, dans la grande salle désertée

Son café est depuis longtemps terminé

Le temps s’est arrêté.

Elle attend.

Elle attend

Sans faire le moindre mouvement

Elle attend, tout simplement.

Elle attend qui ?

Le Père, le Fils, le Saint-Esprit,

La prochaine pluie ?

Sans l’avoir appris,

Je suis reparti.

Il pleuvait quand je suis sorti.

 

 

*** fin ***

De tous côtés il ne s’agissait que de cela :
La dramatique chute du pouvoir d’achat.
Le moral était au niveau le plus bas.

Dans les départements limitrophes
Régnait un climat de catastrophe.

Sa voisine, sa fragile cousine l’Indre
Ne cessait de se plaindre et de geindre.
Le voisin, son cousin le petit Loir, par désespoir
Tel l’amoureux éconduit, venait de se jeter dans la Loire.

Ces lamentations, ces récriminations, tous ces sanglots,
De ce climat morose, il eut bientôt plein le dos.
Alors, abattu, lassé de ce sinistre concert
Le Cher renonça à lutter contre la vie chère *
Abandonnant lâchement son partenaire, le combatif Leclerc
– puisque c’est lui qui le dit, il ne saurait être mieux servi –

Dans ces conditions, pour lui et les autres rivières,
Comme il n’était plus question de faire bonne chère.
Débordant de chagrin de ses hospitalières rives,
Il nous offrit le triste spectacle de ses dérives.

Ce qui ne régla pas le problème de fond.

 

* chacun sait que le Cher est faible.