Le héron glouton, vous vous le rappelez,

estomac vide, cervelle vide, un haut perché écervelé,

tentant d’avaler un gros poisson sous l’œil rond de sa moitié atterrée.

 

 

Et si aujourd’hui nous écoutions et entendions du poisson la version.

 

Où ai-je la tête ! Impossible de lui passer la parole,

ne dit-on pas à juste titre : muet comme une carpe !

Carpe, le poisson l’était ; cependant ici tout est permis,

sa version, par obligation, nous la livrerons en VO.

Rappel : héron glouton avait pour nom Gaston

Gaston, héron, long, glouton, et ron et ron.

Le doté d’ouïes, je ne l’avais pas dit, lui c’était Louis.

Gaston et Louis, oui et non, non et oui, de l’assonance, la tyrannie.

 

Louis en fut surpris. Comment pouvait-on être aussi stupide !

Jamais par là il ne passerait. Il faut mesurer la proie à l’aune du conduit étroit.

Immanquablement, comme il se dit vulgairement, ça coincerait dans le manche.

Mais ainsi, enfin vengeance, des centaines de carpeaux tiendront leur revanche…

 

« Je vais te lui faire un de ces bouchons pas du tout filtrant

qui lui bloquera la circulation pour un bon bout de temps »

Manifestement Louis anticipait l’issue du fatal étouffement.

 

Happy end.

Juste à temps Gaston recracha le morceau,

Louis, illico, fit son retour dans l’eau,

nous quittant sur un mauvais jeu de mots :

« A l’eau, Louis y a. »

 

Soyons indulgents avec les débutants.

*** fin ***

Il en faut beaucoup pour épater un héron,

pourtant celui-là, manifestement surpris, avait l’œil rond.

L’échassier au long cou, plongé dans la stupéfaction,

– heureusement pour lui, sur ses pattes haut perché –

ne pouvait craindre dans les eaux profondes de se noyer.

«  Mais qu’est-ce ? Qu’est-ce que c’est ?

Qu’est-ce qu’il a ? L’a une drôle de tête ce gars là… »

(sur l’air connu de feu et regretté Pierre Vassiliu)

 

L’intrigué interpella la bizarroïde créature :

« Hé ! le Pas-comme-Nous, qui donc es-tu ?

De quelles étranges contrées arrives-tu ?

Des pareils à toi par ici nous n’avions jamais vus.

Tout de fer, n’a pas un gramme de chair

et de bizarres plumes piquées dans le derrière.

Pour la gent hérons, tu représentes un mystère.

Couvert de rouille, tu nous flanques la trouille…

 

– Paix ami, je ne suis point ennemi, simplement ferraille oxydée.

Nulle raison pour vous les longs de tout partout de s’affoler et s’alarmer.

Pourquoi vous soucier outre mesure des apparences et de nos différences ?

Tel que je suis, à toi et aux tiens, j’apporte paix et tranquillité

en signifiant aux humains que cet espace aux oiseaux est réservé.

Par ma présence remarquée, vous êtes efficacement protégés. »

 

Et de citer La Fontaine :

« Garde-toi, tant que tu vivras,

De juger les gens sur la mine. »

 

Esprit en paix, héron regagna le pont, son poste d’observation

à petits pas, petits pas, petit patapon,

au grand désespoir des barbillons et gardons.

*** fin ***

 

 

 

Hep !

 

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« Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,

le Héron au long bec emmanché d’un long cou. »

Ainsi s’interrogeait Jean de La Fontaine.

 

Le héron errant tournait-il en rond ?

Belle interrogation !

 

« Hé, Jeannot ! – l’apostropha au passage l’impertinent Pierrot –

Ch’ peux t’ refiler un tuyau servi tout chaud par la Maison Poulbot :

Il s’en va retrouver un perdu de vue ancien poteau. »

 

En leur prime jeunesse, arbre et oiseau furent proches voisins

Chacun de modeste condition. A l’origine un œuf, une graine.

Pour le héron, un coup de Papa à Maman

Pour le saule, un coup de vent.

 

Côte à côte, à leur façon, ils avaient grandi.

L’un s’affina, tout fut fin et long chez lui,

l’autre prit, touffu, hauteur, volume et s’épaissit.

 

Au fil du temps, fatalement, leurs voies avaient bifurquées.

Le saule, trapu et feuillu, assigné à résidence, figé pour l’éternité,

Le héron, libre de mouvement, parcourant ciel et terre comme le font les ailés.

L’arbre, sagement, prospère et pépère s’était rangé des affaires

L’échassier pour sa part n’avait eu de cesse de s’envoyer en l’air.

 

Certain jour, sonna l’heure de leurs retrouvailles.

 

Le héron, le géant vert asticota et taquina, même un peu au-delà :

 

« Depuis ce jour où tu as vu le jour

Pas plus d’un pouce que d’un doigt de pied tu n’auras bougé, mon balourd.

N’as-tu jamais dans les jambes ressenti des fourmis, gros engourdi ?

Tu aurais pu voir du pays, te faire des amis et mieux, des petites amies.

Aller loin t’aurait évité cet embonpoint.

Seulement voilà, enraciné, tu n’en fis rien.

Moi, qui suis adepte de l’exercice quotidien,

n’envies-tu pas ce jour ma taille et mon maintien ?

 

– Certes, je suis quelque peu massif côté ramure

Mais qui cela gêne ? Je ne fais pas souffrir outre mesure la nature.

Chez moi, chacun peut trouver gîte et nourriture

Altruiste je suis, nullement égoïste. J’accueille les bouvreuils

et toutes sortes de passeraux, pies et corbeaux, des écureuils

J’offre volontiers mon tronc en support aux plantes grimpantes

qui se désespérent d’être rampantes

Toi, tu vas, tu viens, dans les airs montes et sur terre redescends

L’air supérieur, du matin au soir, indifférent, fier comme Artaban

Reste planté des heures à guetter tes menues proies d’un œil rond

semant la terreur chez les batraciens et la gent poisson.

 

Le divin commandement « Tu ne tueras point » aurais-tu oublié ?

A l’heure du jugement dernier, au soir du grand soir,

À ton avis, qui sera bon à griller dans l’infernale rôtissoire,

pour l’éternité condamné et damné ? 

Penses-y dès aujourd’hui mon cher ami. »

 

C’est alors qu’on retrouve au bon moment le bon JdLF,

– spécialiste reconnu en conclusions –

Rencontre opportune, piquons-lui sans vergogne une citation : 

« Garde-toi, tant que tu vivras,

De juger des gens sur la mine. »

*** fin***

 

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Gardez-vous de succomber aux propos des beaux parleurs

Ce sont trop souvent des oiseaux de malheur.

Un de la gent à ouïes à ses dépends l’apprit.

Lisez ce qui suit et ce qui s’ensuivit.

 

Tout autant incongru que celui des canards et de la tortue de la fable

étonnant attelage,

surprenant compagnonnage,

que celui du héron et du poisson.

 

Fréquentant les mêmes rivages, ils firent connaissance au lac des Settons

et après quelques palabres, décidèrent de partir en excursion.

 

« Toi qui ne connais que les ténébreux fonds,

je te propose de découvrir de lumineux horizons

Morvan et Bourgogne de haut nous survolerons.

Prenons dès à présent la voie des airs et de concert, voyageons ! 

Je serai la montgolfière, c’est un genre de gros ballon

et te ferai jouer les Gambetta à ma façon. »

déclara l’échassier que le Diable, tous nous le savons, créa glouton.

 

L’hôte des eaux fort tenté par l’expédition mordit sottement à l’hameçon.

Mal lui en prit. A peine tiré de l’eau, le héron cédant à ses vieux démons

sans respect pour ses préalables déclarations de bonnes intentions

dirigea illico dans son estomac le candide cousin des gardons et goujons.

 

« Hop ! Je t’avale, crédule couillon, tu ne verras pas même Avalon. »

 

Au grand jamais nos ennemis, amis ne sont et ne seront.

Voilà qui vaut avis et pas seulement à l’attention des poissons.

*** fin ***

 

Florian en son temps l’énonça dans une de ses fables :

« Ce qui prouve deux points : d’abord qu’il est utile

Dans la douce amitié de placer son bonheur,

Puis, qu’avec de l’esprit, il est souvent facile

Au piège qu’il nous tend de surprendre un trompeur. »

(L’écureuil, le chien et le renard)

 

Que la carpe ne l’eut lu !

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