Un grand saule pleureur se tordait de douleur,
depuis quelque temps virant au franc pleurnicheur.

Mais pour quelle raison gémissait ainsi l’hypocondriaque ?

Sous lui ce n’était qu’une énorme flaque,
depuis qu’à sa barbe et à son nez on avait enlevé sa dulcinée,
une tendre compagne qui l’emplissait de félicité.

Saule seul.

D’icelle, menuisiers et ébénistes, d’authentiques dég…
avait transformé la douce Saulette en armoire à glace.

Pauvre arbre solitaire, son ange de douceur
affichait désormais une carrure de déménageur.

On peut avoir l’esprit large mais aussi
comprendre sa douleur.

 

En sortant de l’école nous avons rencontré…

Cela démarre comme du Prévert

mais on s’arrêtera là !

… rencontré, non pas un chemin de fer,

mais un chat reposant paisiblement dans un pot en fer.

photo Y.G

 

” Faisons la fête en cette paix retrouvée.

Le chat dort, il ne va pas nous pourchasser et croquer

Prenez chacun votre voisin par la main, gais compagnons,

formons une joyeuse ronde autour du chaudron.” 

Les grignoteuses de se le dire,

le cercle, ravies, elles firent.

 

Les souris de l’école du parc de Montsouris

Ma souris, Montsouris,

Mes souris.

Missouri.

 

La la la

La la la

Tralalalalère

 

De tourner bruyamment autour du pot

En lançant au dormeur de provocants jeux de mots.

Le chat pitre

Le chat pot

Le chat poté

Le chat piteau

Passons passons, je vous prie,

bien que les rongeuses ne soient dénuées d’esprit.

La danse enfantine éveilla le chat

Ouvrant alors un œil, il gronda et menaça :

« En voilà des manières, scélérates bestioles !

Que vous enseigne-t-on à l’école ?

Craignez le chat sinon gare aux torgnoles !

Je suis ici désormais chez moi. Home sweet home.

Du balai, les mômes.

Petites têtes d’étourdies,

gardez-vous d’oublier que j’ai au réveil un féroce appétit.»

Ce fut l’immédiate débandade des souris.

Son sommeil tranquillement le chat reprit.

Ordre rétabli.

Ici comme à Varsovie.

*** fin ***

 

Hep !

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Bien qu’absentes fussent la rude bure et la tonsure
d’un saint homme il épousait sciemment l’allure.
On aurait pu s’y tromper,
tant il souhaitait nous berner.

De noir vêtu, digne, il progressait à petits pas
Tout en psalmodiant : “Je croa, croa, croa.”
Les apparences trompent, c’était un corbeau
Qui désirait qu’on le prit pour ce qu’il n’était pas.*

Pas plus que l’habit fait le moine
L’échoppe le pieux pope
La pipe le papa du pape
La méthode Coué ne fera du corvidé un curé.

* histoire de se faire une bonne réputation.
Mais les ordres, était-ce là le bon choix ?

 

Pommes d’arrosoir, pommes de douche, d’Adam, de pin,
Passez de suite votre chemin ou je lâche les chiens
Que vous vous teniez décemment hors champ,
Quant aux autres, les vraies, croquez la vie à belles dents.

La rainette dans sa tête rêvait d’opérette
La chantecler bonne fille donna le la pour lui plaire.
Celle d’api, un jour proche, espère visiter Capri
Pour s’assurer que ce n’est pas du tout fini.

Leur fruste cousine de paysanne elle se pâme
À la seule évocation de se rendre à Paname
Et une pomme pâmée est absolument ravie,
Tout autant que le Loulou évoquant la Poméranie.

Vous et toutes les autres : Rêvez, rêvez !

Quand tu me prends dans tes bras
Tu me parles tout bas, la la la la…
Il faut peu de chose pour voir la vie en rose
et s’en trouver tout chose.

« Pom pom pom pom »
Fredonnait, inspiré, Beethoven au seul souvenir
du goût délicat d’une golden croquée avec volupté.

*** ***

 

Tout le monde connait la chanson de la muse germanopratine Juliette Gréco, celle du petit poisson et de l’oiseau, les deux si différents qui pourtant s’aimaient d’amour tendre.

Comment si prendre, l’essentielle question,

quand l’un est dans l’eau, l’autre dans les airs ?

Quand l’un touche le fond et l’autre tutoie le Tout Là-Haut…

Un monde alors vous sépare, tout comme Héloïse et Abélard.

 

Pas seulement un élémentaire problème de méthode et d’organisation, non, autrement compliqué.

Néanmoins ce n’est pas de cette charmante histoire dont je souhaite vous entretenir aujourd’hui.

La mienne, dans la longue série des amours contrariées, se révèle tout autant troublante.

 

Une histoire d’amour entre un arbre et une écrevisse.

 

Ah ! vous exclamez-vous (point d’exclamation).

Un géant d’une part, une de bien modestes dimensions de l’autre.

Nous sommes à mille lieues – et plus – du fameux balcon de Juliette et Roméo.

Surprise, étonnement, questionnement.

Quoi ? Comment ? Invraisemblable ! enchérissez-vous.

 

En des époques éloignées, que nous ne connûmes point, végétaux et animaux savaient, à leur manière, entre eux communiquer et même plus.

La Fontaine l’a abondamment démontré dans sa riche œuvre littéraire.

Citation extraite d’un épilogue :

« Je les faisais servir d’acteurs en mon ouvrage ;

Car tout parle dans l’univers ;

Il n’est rien qui n’ait son langage : »

 

Mon arbre à moi n’était pas de bois, tout en l’étant –méfions-nous des apparences – , ce qui peut surprendre.

Un arbre droit dans ses bottes, pas du genre saule pleureur, non, simplement cœur tendre sous rude écorce, grand romantique.

 

En ces temps dits lointains, les arbres savaient se mouvoir et s’émouvoir.

On peut y croire.

 

Vivant en bord d’eau, il était tombé amoureux d’une exquise écrevisse, pure et sans aucun vice, répondant au doux prénom de Doris.

Pour elle, franchement, il en pinçait.

Ce qui aurait pu, convenons-en, les rapprocher.

 

Pour atteindre la belle convoitée, objet de tous ses désirs, pour lui déclarer son ardente flamme, ce qui peut on le conçoit effrayer une de la gent aquatique, un beau jour, il prit ses branches à son cou et se décida.

En quatre, crac crac, il se plia.

 

« Doris, remonte en surface que je t’entretienne, que je t’entreprenne, que je sois tien, que tu sois mienne. Qu’on s’aime !

Je te prie, viens à moi, j’ai fait l’essentiel, vers le haut te hisses. Oh hisse ! »

 

Si le géant se projetait résolument de l’avant, la belle, hélas !, depuis toujours et par nature, à contre-sens, dans les ondes allait à reculons.

Cette façon de tenir ses distances fut interprétée par le galant comme une fin de non recevoir.

Il s’en retrouva fort chagrin, inconsolable. Entre eux, cela ne se fit pas.

Ah ! Les histoires d’amour, depuis toujours, déjà Adam et Eve, etc.

c’est d’un compliqué…

 

*** fin ***

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Si aux voix de sirène tu succombes

Tu creuseras ta tombe.

Depuis la nuit des temps

– cela en fait des nuits et des nuits ! –

au grand jamais chats et rats ne furent amis.

Certain chat lorgnait depuis belle lurette un rat

qui n’était pas de l’Opéra,

nul tutu ne masquait son tentant petit c…

Sacha le chat

Laura le rat.

 

Sacha eut Laura, de l’Opéra ou pas, volontiers croqué

s’il avait seulement pu subrepticement s’en approcher…

Mais voilà, élevé à l’école de la nécessaire méfiance

le rat du matou prudemment se tenait à distance.

 

Laura le rat, Sacha le chat, il l’aura, ne l’aura pas ?

Pour au plus près adroitement l’attirer

et de ses griffes acérées s’en emparer,

le perfide chasseur proposa un jeu

à la grignotante créature à longue queue.

« Faisons la fête.

Mon tout beau, viens jouer avec moi

En confiance, approche toi, rapproche toi

Et en chœur entonnons cette ritournelle

Qui plut et plait tant aux jouvenceaux et jouvencelles.

On y va ? 

– Je te tiens, tu me tiens par la barbichette

Le premier de nous deux qui rira

Aura une tapette… »

Ravi, le rat rit.

Laura pardi perdit.

A rat qui rit hara-kiri garanti.

*** fin ***

Il était une fois de jeunes champignons agglutinés à un tronc

Heureux ô combien de leur confort et de leur sort

– vous savez comme sont les ados –

Jusqu’à ce qu’on leur demande un modeste effort.

« Tout là-haut, tout en haut, jamais nous ne parviendrons

– geignaient piteusement les oisifs champignons

Peu enclins à se bouger, par avance épuisés –

Nous sommes trop nombreux, étroitement serrés.

Si nous devons bouger, on se marchera sur les pieds, se chevaucher,

se bousculer, s’empêtrer, les uns les autres inévitablement se gêner,

le genre jour de soldes dans les magasins parisiens, la ruée.

 

– Crénom ! Cessez sur le champ vos jérémiades et de pleurnicher !

gronda sévèrement le Grand Ancien, de la troupe chef autoproclamé.

Il s’agit avant tout pour votre fragile espèce d’une question de sécurité.

Vous devez coûte que coûte pour y parvenir vous remuer et monter.

 

Ordre et discipline, plus volonté, doivent être nos maîtres-mots.

Ajoutez-y confiance, persévérance, régularité et courage.

Le succès est à ce prix et vous serez les nouveaux Hillary.

Serrez les dents et les rangs, allez de l’avant, au diable les sanglots.

Au démarrage, un p’tit coup de rein

Puis écrasez le champignon après avoir desserré le frein.

Allez hop hop hop. Go go go ! »

 

Las, un passant rôdant aux alentours entendit l’impératif avis

et à son compte le prit.

D’une criminelle semelle il réduisit la pacifique colonie en bouillie.

 

Vigilance et méfiance !

A vous champignons qui pointez à la longue liste des oreilles,

de cochon, de lièvre, de Judas,

d’ânes, d’ours et de chat,

Craignez les oreilles indiscrètes des bons apôtres

et surtout gardez vous de dormir sur les vôtres.

*** fin ***

Hep !

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Si jeune

Si mignonne

Si ceci

Si cela

Toujours et encore au téléphone

Si si si

Allô, t’es où ?

Je suis là.

La la la

Et toi ?

Ici, si si si

T’es là

soit

Charnelle et virtuelle tout à la fois

Un exploit !

Je te l’avais dit que ce n’était pas une bonne idée

de passer notre nuit de noces à Dijon

pour célébrer mémorablement notre union.

J’eus beau t’avertir et protester,

comme souvent, tu n’as pas voulu écouter

et nous voilà aujourd’hui copieusement tartinés.

Tu déclarais que pour moi tu brûlerais de mille feux !

Dans quelques instants exhaussé sera ton vœu.

Ah ! Ton brûlant amour ?

Un four !

Ne t’étonne pas bougre d’entêté

qu’à l’instant la moutarde me monte au nez.

*** fin ***

Raoul, un petit bonhomme, vraiment pas bien grand, quoique bien élevé,

un nom aussi court que sa taille.

Elle, l’épouse, Antoinette, qui dominait son Raoul d’une bonne tête, plutôt rondelette.

Tous deux gardiens d’immeubles. Préposés au petit entretien, à l’accueil, à la distribution du courrier. Et au ramassage des ordures ménagères. Entre autres.

Deux enfants : un garçon, Claude, fils de son père, sosie quasiment parfait, et sa sœur, son aînée, une agréable brunette, dont le prénom m’échappe à l’instant.

C’était il y a longtemps, du temps de mes jeunes années.

Permettez à ma mémoire de flancher.

Cependant ce n’est pas d’eux dont je souhaite aujourd’hui vous entretenir.

Voilà le danger de se précipiter sur le clavier, au risque de déraper.

 

J’ai sous le coude et dans un coin de ma tête – curieuses conditions de stockage, une histoire qui reste à concrétiser, celle d’un chat et de deux chevaux, des juments, plus précisément. De cela je suis sûr.

Chat ou chatte, tel qu’il était planqué dans les herbes, ou telle qu’elle l’était, difficile de se prononcer et il ne s’agit pas d’une simple question de mémoire.

 

 Le chat, les juments.

Les observer.

Qu’en dire, qu’imaginer, que raconter, qu’inventer ?

Voilà ce qui pourrait être une idée.

Puisse et veuille ma bienveillante Muse consentir à m’inspirer.

 Leur comportement, à l’un et aux autres.

Lui, le chat, pattes de velours, apparemment satisfait de sa condition,

lorsqu’il est en quête de nourriture, fin et rusé chasseur, s’accorde volontiers un brin de fantaisie.

French cancan.

Ce sera selon son humeur, à son heure, à sa convenance.

L’occasion dit-on fait le larron.

Ce qui le met parfaitement en joie et en appétit ?

Traquer la souris.

D’une patience infinie, immobile, il guette, l’œil aux aguets, oreilles vigilantes.

A peine Trotte-menu pointera son museau, que d’un bond Mistigri s’en saisira.

Olé.

A sa victime il fera croire qu’elle va s’en tirer, lui laisse un peu de champ

et hop ! s’en ressaisit, d’un coup de patte bien ajusté, tout de délicatesse.

Las Vegas. Faites vos jeux !

Ne pas gâcher la marchandise, mettre à sa façon les pieds dans le plat.

Une fois, deux fois, autant de fois qu’il lui convient.

Lorsque lassé de jouer, alors sonne l’heure du coup de grâce, le fatal coup de dent.

Couic, c’en est fini. On passe aux choses sérieuses.

Bon appétit !

Les juments, elles, impassibles.

Voyez comme sont sérieux, sans la moindre fantaisie, les raboteurs de pelouses, les tondeurs de moquette, tête dans l’assiette, qui à longueur de journée broutent, broutent.

Brouter n’est pas un jeu, une nécessité.

A se remplir la panse sans varier les plaisirs, sans penser un instant à se divertir, dites-moi, oui dites-le moi, où donc est le plaisir, franchement ?

En cet exercice vital, se nourrir, rien d’autre.

à chacun sa conduite, selon sa nature, selon son tempérament.

Du chat ou des juments, qui est le plus heureux, qui ne l’est pas ?

Le bonheur, au juste, dites-moi, dites-nous, c’est quoi ?

Quelle conclusion tirer ?

***/***

De mon histoire, voilà l’idée.

Reste à mettre en forme.

Ma Muse peut vaquer à d’autres sollicitations d’auteurs en peine.

Je lui donne congé.

Raoul ceci, Raoul cela.

Antoinette ceci, Antoinette cela.

Monique, la sœur, son prénom, il vient à l’instant de me revenir.

Je peux me tromper.

***fin***

Hep !

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