Ah ! Semblable à une mappemonde, toute ronde, fort singulière

Sans ailes ni pattes, hormis la courte queue sans marque particulière

Serait-ce cela une pomme ?

 

« Hé ! Pomme. Pomme tu es, pomme vous êtes ? »

« Oui, assurément, pomme je suis.

Pomme, authentiquement pomme. »

« Ciel ! Alors tu es de la lignée de celle qui incita Ève à fauter,

cette chère Ève, si fragile, si naïve, notre vénérée mère à tous

– le chat s’est toujours senti proche des humains –

Fruit maudit, à l’origine de tous nos malheurs et tourments

Qui, par une sournoise tentation, fit damner mon ami le serpent.

Et pan ! le serpent, la femme, des innocents condamnés définitivement.

De finir vos jours en compote vous avez mérité. »

Agacée par les propos accusateurs, la pomme rétorqua :

« Pas question de porter le poids de tous les péchés du monde.

Dans tout cela, Ève, le serpent, les pommes, n’y sont pour rien

Un sort contraire voulut qu’ils soient là au mauvais endroit, au mauvais moment.

Monsieur le donneur de leçons si prompt à juger et blâmer,

Livre-toi à un sincère examen de conscience, regarde-toi en face.

Tu appartiens à un genre cruel qui sort les griffes promptement.

Pensez-vous être blancs comme neige ? Non, votre âme est noire

Vous aussi un jour devrez payer le prix du massacre de la gent souris

que vous faîtes encore sans relâche, tels autrefois les sinistres nazis ! »

« On voit la caille dans l’œil de son voisin mais pas la loutre dans le sien ! »

ajouta-t-elle pour conclure en une citation approximative.

Qu’il soit pardonné à la pomme Canada, lui échappaient certaines tournures.

Tous coupables ? Non coupables ?

Chat et pomme en restèrent là.

De morale on ne donnera pas.

De plus, on se gardera de tirer sur la pomme

qui dut jadis subir les assauts mortels du père Tell.

 

« Qui veut moucher autrui doit avoir les doigts propres. »

Vieil adage qui vient fort heureusement à la rescousse.

*** fin ***

 

 

Hep !

 

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Voilà la bien désolante histoire,

du chat grand amateur de rats, souris, lérots et loirs.

 

À noter :

Pour l’ensemble de son œuvre, ce chat fut palme d’or à Montsouris

Meilleur réalisateur dans le Missouri

Et enfin meilleur acteur à Rate is Bonne.

Son tableau de chasse affichait un prestigieux palmarès.

 

Une punition, venue de haut, lui est tombée dessus à l’impromptu.

 

Le coup reçu fut particulièrement dur pour Miaou-Miaou, l’amateur de mou,

lorsqu’il se réveilla certain matin avec une horrible gueule de bois,

le corps raide comme un manche à balai, incapable de s’étirer.

« Pourquoi suis-je en cet état ? Un problème de digestion ? »

Sans doute avait-il la veille abusivement – car il était fort glouton –

croqué plus que de raison moult représentants de la gent trotte-menu,

de grassouillettes souricettes, dodus ratons et appétissants souriceaux.

 

Enfin quoi ! Il n’y avait pas de mal à ça, quand souris et rats,

vous tombent sous la griffe, on attrape, on croque,

c’est la loi du genre, en veux-tu, en voilà.

Bon appétit mais aussi bon débarras ! »

 

Le démesuré carnage fut signalé par les survivants aux Grands Sages,

Plainte fut déposée à leur siège social là-haut dans les nuages

et le chasseur condamné par des dieux-juges qui ne plaisantent pas.

 

On remarqua que le président Râ était particulièrement courroucé.

A chat fautif il fit infliger la peine maximale pour s’être conduit mal.

Un, deux, trois…

De haut en bas, chat de chair passa à chat de bois.

 

Miaou-Miaou réalisa alors qu’il devait dorénavant déposer les armes,

faire définitivement ses adieux à l’usage des griffes et crocs.

Telle était la lourde peine pour celui qui se retrouvait en bois d’ébène.

 

« Chien aboie, chien en bois, chien aux bois, chien aux abois.

Soit, mais infliger cela à un chat, certainement pas.

Je ne le méritais certes pas !

Vide à jamais et pour toujours sera mon estomac. »

 

Le matou avait du flair.

On sentait dans l’air de la revanche, de la vengeance,

particulièrement chez les rats beaux qui lui fichaient les copeaux.

De leurs dents aiguisées ils auraient belle de le transformer en chat pelure.

 

Depuis lors, amer et prudent, jamais chat on ne revit

Espérons pour lui qu’il ne finit rôti.

 

Peut-être un jour vous raconterai-je une autre histoire,

Celle tout autant terrifiante des chiens de faïence.
Patience.

 

*** fin ***

J’étais là, planté, sur la plage abandonnée

à guetter une dont le respect de l’heure laissait à désirer.

Ma  chère et tendre se fait toujours attendre,

Ô combien moins ponctuelle que la marée.

C’est son genre de beauté,

elle ne peut, ou ne sait, s’en empêcher.

 

Histoire de passer le temps, les vagues j’ai commencé à compter :

1,2,3… 10… 100… 1000… 1664

Pour la mer, à l’heure dite, elle, il fut temps de se retirer

J’en fis autant, par cette vaine attente lassé.

me suis du rivage éloigné.

Ayant regagné mes pénates, me suis couché

dans un grand lit par ma promise déserté

J’aurais pu compter les moutons pour m’endormir

1,2,3… 10… 100… 1000… 1664

MAIS

MAIS

 

Comme Louison m’avait joué un tour de cochon

ouste les moutons, cédez la place aux cochons :

1,2,3… 10… 100… 1000…

1664

 

Quand le compte y fut, j’ai bu une bière millésimée

puis, corps et âme, dans le sommeil j’ai sombré.

Elle aura belle de se pointer en nuisette et tirer la chevillette,

Point ne cherra la bobinette.

Louison, Louisette, quel que soit son nom, est passée aux oubliettes

écartée de ma couche avec pertes et sans profit. Pas une miette.

 

*** fin ***

 

 

Hep !

 

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La météo annonce le redoux.

Hop ! On rentre chez nous

Allez les filles,

joyeux drilles

– nous savons tous comme les mouettes si peu muettes sont rieuses –

En formation escadrille.

A mon signal, suivez la flèche, on décanille

Tout le monde en rang, droit devant.

Filons retrouver des parents qui nous sont si chers :

Le père

La mère

Les neveux et nièces, oncles, tantes, cousines

et surtout surtout notre mer.

Vivement qu’on visite sardines et harengs

et pas seulement

– elles font également leur régal d’étrilles, de crabes et éperlans

sans oublier les crevettes qui amènent à leur ordinaire bien du piment –

Allez les filles,

on décanille.

Prenons la route et le vent,

voilà le retour du printemps.

J’irai revoir ma Normandie,

Le pays qui m’a donné la vie.

Quittons dare-dare Paris,

Adieu Paname et son vacarme,

Pour nos palmes, la côte a plus de charme

Direction la Manche,

Honfleur, Trouville, Deauville et ses planches.

Vive la nature

et à la revoyure.

A bon entendeur, salut.

Allez les filles,

on décanille.

 

*** fin ***

« Mesdames ou Mesdemoiselles
ou bien Monsieur et Madame
ou alors Messieurs
– Veuillez m’excuser de vous interpeller en ces imprécis termes
la gent miaulante ne s’y connait guère en gent pincière ou pinceuse –
Je vous découvre ainsi, l’une ou l’un contre l’autre serrées ou serrés,
À l’écart du monde, semble-t-il déprimées ou déprimés
Quelque événement fâcheux vous serait-il arrivé ? »

« Monsieur le chat, Madame la chatte
– Veuillez nous excuser de vous répondre en ces termes
La gent pinçante ne s’y connait guère en gent félidés –
Que nous éclairions votre lanterne qui que vous soyez sur notre situation.

Avec l’avènement récent des leggings nous nous retrouvâmes au placard
les vêtements amples ne se coinçant plus dans les rayons et pédaliers.

*Plus rien ne s’empêtrait, nous perdions notre légitime raison d’être
Dans la vélocipédique et pédalistique pratique des sorties en ville
nous étions devenues superflues et inesthétiques.

Il convenait de songer d’évidence et d’urgence à la reconversion
Le job que nous exerçons, nous l’avons vite décroché – façon de s’exprimer –
et nous voilà sur le fil, rassurées de n’être plus au chômage.
Notre mission :
pour son linge, au grand air, assister la ménagère lors du séchage.

En confidence et strictement entre nous :
si les draps, serviettes et autres toiles relativement nous indiffèrent,
nous en pinçons fort pour ses culottes de dentelle que nous serrons de près.

Pour cela, ainsi que de nous avoir épargné Pôle Emploi et les soucis,
que louée soit la Mère Denis.
Bénie soit Mère Denis
Mère Denis, Mère Denis. »

*** fin ***

Quand on l’ignore, ce n’est rien.

Quand on le sait, c’est peu de chose. »  La Fontaine.

 

Et pourtant…

Depuis hier, Monsieur Coq ne chante plus, bien qu’il ne soit en pleine mue.

Toi, sais-tu pourquoi Coq s’est tu ?

 

 

Quand il apprit la nouvelle ce fut un terrible choc :

Madame Poule par un autre mâle s’était fait sauter.

Tous les pensionnaires du poulailler de l‘attester.

 

Hier encore incontesté maître absolu, aujourd’hui roi déchu,

Monsieur Coq est estampillé fieffé cocu.

Irrespectueusement, dans la basse-cour on se gausse,

des coquelets et poulettes jusqu’aux poussins, que des sales gosses !

 

Dans sa fierté blessée, il a décidé de ne plus saluer le lever du soleil

au grand bonheur de qui apprécie la chaleur d’un lit douillet

faisant égoïstement peu de cas du délit dans le nid.

 

Pour nous rendre à nos quotidiennes tâches qui maintenant assurera le réveil,

qui sera désigné pour nous tirer du réparateur sommeil,

qui nous ramènera sur terre en nous empêchant de bayer aux…

Ah, non ! pas elles, surtout pas elles,

ces sinistres corneilles dont les cris meurtrissent nos oreilles.

 

Basta des gallinacés et corvidés,

Moi qui suis sourd comme un pot, je reste dans mon chaud dodo.

A gros dormeur bon entendeur il n’est pas de salut !

*** fin ***

 

Hep !

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Maître héron au long bec emmanché d’un long cou, etc.

Le fervent émule d’Ésope, l’a écrit et décrit :

Cessons l’énumération ; chez le héron, de bas en haut, tout est long,

tenait fermement entre ses pattes un fromage tout rond,

dérobé il y avait peu dans une ferme de proche voisinage.

 

Avertissement :

Il arrive qu’on se mélange dans les fables du célèbre Jean, homme à fables affable.

 

Ce héron, dis-je, examinant son butin, s’interrogeait,

dubitatif devant l’inconnue et surprenante capture,

pour un volatile de son genre, si peu coutumière.

 

D’un fromage, que faire, qu’en faire, qu’allait-il faire de cela, de ceci ?

La pâte malaisée à becqueter ne se prêtait guère à satisfaire ainsi son appétit !

 

Un renard en maraude dans les parages, proposa de le tirer d’embarras :

« Mais cher ami, que fabriques-tu là avec ce frometon,

toi qui apprécies tant les menues bestioles, colimaçons et poissons ?

Reconnais que ce n’est point nourriture pour la gent de ton nom !

Ce fromage ? Dis-moi, qu’est-ce donc, je suis en absolue confusion,

Au fait , doit-on dire reblechon ou reblochon ? Telle est la question ! »

 

L’emplumé haut perché, perplexe, se gratta le menton

– Il semblerait que cela aide amplement à la réflexion –

Que pouvait–il en savoir lui le piètre expert en matière fromagère

Imprudemment il en lâcha sa proie.

 

D’un bond, le rusé s’en empara, détala et illico s’en régala.

Salut la compagnie !

 

Le dupé, avec un temps de retard, jura mais un peu tard,

qu’au jeu des devinettes on ne l’y prendrait jamais plus,

que désormais, il vérifierait de plus près l’appellation,

et trouverait la paix judicieusement dans le choix du port-salut.

De sa mésaventure, héron avait retenu la leçon : à bon entendeur, salut !

.… fin .…

 

Malgré la profusion d’avertissements

nous ne nous montrons jamais suffisamment méfiants

ni assez prudents.

 

Pourtant dûment avertis nous le sommes, depuis belle lurette :

Ne laissez pas les enfants jouer avec des allumettes,

ni DSK approcher de trop près les soubrettes,

gardez-vous de confier l’auxiliaire être à Hamlet. Etc.

Ce ne sont pas aimables sornettes !

 

Pour ma part, j’y ajouterais, qu’on me le permette :

Méfiez-vous des ingénieurs qui se relâchent dans leurs inventions,

le bon sens voudrait que soit mieux guidées leurs manipulations.

 

Allez savoir comment s’y prit l’un d’eux, le dénommé Gustave Eiffel,

qui, s’étant approvisionné chez Ikéa en ferraille et petit matériel,

s’imagina que c’était jeu d’enfant de suivre les instructions de montage

pour dresser les doigts dans le nez haute tour à plusieurs étages.

 

Élémentaire mon cher : un fer, plus un fer et encore un fer

Et c’est gagné, dix de der.

photo Y. Gautron (Saint Paul de Vence)

Résultat des courses : Il s’est joué et m’a joué un vilain tour* l’as du Meccano

en se mélangeant joliment les pinceaux !

 

Admirez le travail : je suis un surprenant cheval tout de fers mal assemblés,

incapable en l’état de prétendre un jour officier honorablement dans un haras.

Adieu les viriles saillies, l’espérée prolifique carrière d’étalon, sûr, je n’aurai pas.

 

« Dans la vie faut pas s’en faire »

chanta Maurice Chevalier – le bien nommé ! – naguère.

L’homme au canotier aurait mieux fait de se taire.

*** fin ***

  • Si vous m’autorisez cet à-peu-près.

Hep !

 

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Pipelettes, deux bicyclettes sur le trottoir

auraient bien voulu connaître le fin mot de l’histoire.

Pour les biclous, une histoire de fou,

une à dormir debout.

Là, énigmatique, sous leur nez, sous leurs yeux,

Un dessin mystérieux…

Un blanc vélo figé sur la chaussée devant le Verre Volé !

Qu’est-ce donc ?

se questionnèrent les machines à bidons et guidons.

« Moi, cousine, je penche pour un ange

l’immaculée créature étrange.

– Non, plutôt, peut-être, certainement un … répliqua interpellée

dont l’hypothèse avant d’être exprimée fut d’autorité rejetée

par celui qui ne pouvait s’empêcher de ramener son grain de selle.

Y a aucun mystère, je te l’assure, juste d’une peinture

Les anges ça n’existe pas, sauf dans les saintes écritures. »

 

Blanc vélo, vélo blanc, vert vélo, Verre Volé ?

Tout est embrouillé.

Cette silhouette toute blanche

ne serait-ce pas le fantôme de la Dame Blanche

La chérie de feu Fausto Coppi ?

Non.

Pas plus que le fantôme de l’Opéra

qui a à fouetter d’autres chats et petits rats.

Ni couvert de givre et de neige, Paul-Emile Victor

Revenant au port, de retour du Grand Nord.

 

Sûrement pas le fantôme d’Yves Montand et sa chère Paulette

la fille du facteur qui paradait en courte jupette sur sa bicyclette.

Non

Non

Alors qui, alors quoi ?

 

Pourquoi se perdre en vaines conjectures ?

Simplement, sur la chaussée, une urbaine peinture

pour signaler aux impétueux automobilistes

que le couloir à contre-sens est réservé aux cyclistes.

Qu’il faut les respecter, ne pas les renverser,

encore moins les écraser.

Serrons les freins, ne cherchons pas plus loin

Ce n’est nullement un phénomène surnaturel ou divin

Madame Hidalgo, notre maire à tous, aime bien les vélos

Métro, vélo, boulot

et pour les prolos, les bobos, pas de bobos.

*** fin ***