Sur sa branche perché, le pigeon n’en revenait pas,

ne s’en remettait pas, il n’avait jamais vu ça ! Il en était baba.

« Qui va là ? Que voilà ? Halte-là !

Que vois-je ? Qu’est-ce ? Qu’est-ce là que cet échalas ?

Un authentique squelette tombé dont on ne sait quelle planète,

Assurément venu de perpète…  

 

 

– Cher Monsieur, détrompez-vous, je ne suis pas un squelette.

Je reconnais être certes un peu maigrelette

Même dépourvue de rebondies fesses et de ronds seins,

à y regarder de près, je suis un beau brin de fille néanmoins.

A ma façon particulière, somme toute, une jolie petite gosse

 

Comme je n’étais pas bien grosse, sans bidoche, tout d’écorce,

certains moqueurs m’ont autrefois surnommée Brindille.

Mon vrai nom, c’est Camille.

Plus tard je veux devenir fleuriste.

 

– Naïve maigrichonne, garde-toi d’emprunter la mauvaise voie

Parole d’expérimenté ramier, crois-moi, tu risques de tomber de haut,

Taille et poids, je te l’assure, tu as tout tout tout, tous les atouts

pour être non pas fleuriste mais exceptionnelle fil-de-ferriste.

 

On est là tous les deux, en plein vent, à discuter le bout de gras, et tu as froid.

Je t’offre volontiers pour un instant un toit en t’accueillant chez moi.

J’ai de quoi te distraire aimablement avec moult jeux de société

et lorsque tu en seras lassée, te réchauffer sous un édredon en plumes

Puis, selon l’usage, tu le comprendras, j’userai de mon légitime droit de cuissage.

 

Négligeant sa vocation pour le commerce des fleurs

Brindille outrée par les propositions du monte-en-l’air

sur le champ joua les filles de l’air,

fille fil-de-ferriste à contre-cœur.

 

Ami, la morale retiens :

En chaque chose, il faut considérer la fin

(La Fontaine)

*** fin ***

 

Hep !

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Elle aurait pu se prénommer Irène

La sirène Irène, Irène sirène, ah ! ah ! ah !

Fort heureusement au ridicule elle échappa

Morgane, c’est ainsi que sa maman l’appela.

Ouf !

La belle créature s’ennuyait ferme dans les bas-fonds

Avec pour compagnie les sardines et les thons

Avertie et avisée, prudemment elle évitait celle des maquereaux

Qui ont la fâcheuse réputation de naviguer entre deux eaux.

Remontant un jour en surface, elle vit passer un bateau

Du bout des doigts, 1,2,3,4,5,6,7,8,9… à la coque elle frappa

Intrigué, un beau marinier par le hublot, un œil curieux jeta.

« Holà ! Qu’est-ce là ? Qui va là ?

 

– Matelot, par ce hublot, mate l’eau

Admire mes appas, mate l’eau matelot !

Morgane, la belle sirène, c’est moi.

si tu le veux, je suis toute à toi.

 


DR

– Troublante créature, d’une étonnante constitution,

moitié viande moitié poisson

Je ne saurais répondre à ton aimable proposition

et envisager sereinement l’acte de chair

très chère.

Avec mon respect et mes regrets, tendre Morgane :

Je dois t’avouer que suis vegan. »

La prêtresse de l’Amour dut se faire une raison

Et mettre un bémol à sa passion.

La sirène ne sait nager à contre-courant.

 

*** fin ***

 

Dernière heure.

La sirène éconduite avait pris la fuite, dépitée, le matelot ayant vivement repoussé ses avances, déclarant être résolument adepte du régime végan, ni viande, ni poisson, tout végan… Alors, consommer avec une sirène, il ne fallait pas y songer !

Cependant… Rebondissement. On nous apprend que…

 

Tourna le vent, ainsi le vent va. Le matelot changea d’idée et de cap.

Après tout, à y bien réfléchir, l’occasion était belle, pourquoi la laisser échapper !

A la tentation il céda.

 

Un péremptoire coup de sifflet, hop ! La belle refait surface.

Piquant une tête dans l’eau, l’homme du bateau, un deux trois, plouf ! la rejoint.

L’une et l’un ardents consentants s’unissent dans la chaleur torride du désir.

 

Comment résolurent-ils le problème d’organisation dans l’opération, mystère.

Les amants d’un instant sur leurs aquatiques ébats furent d’une absolue discrétion. Pas de bruit, pas de vague.

Qu’importent, ils le firent.

 

C’est ainsi qu’un jour, plus tard, un beau jour, alleluia,

La sirène fut ravie maman. le marin heureux papa.

 

Naquit de l’union un costaud rejeton que la génitrice habilla illico en matelot.

Le portrait craché du père, tout pour plaire.

Deux bras, deux jambes, doté des indispensables vitaux masculins attributs.

DR

Tout pour plaire, vraiment.
Vraiment ?

Enfin, presque.

Hélas pour lui ! de sa mère, l’enfant hérita d’une fort désagréable odeur de poisson.

 

Le pompon pour un matelot !

 

*** fin ***

« Je crois ! » affirma l’abbé, mains jointes,

yeux levés vers le ciel où loge son dieu, père éternel,

quelque part, on ne sait précisément où,

il y a tellement de place dans l’espace,

L’homme en noir psalmodiait tel le coucou :

« Oui, oui, qu’Il soit béni, je crois, je crois » (etc.)

 

L’écoutant, railleuse et dubitative, une grenouille l’interrogea :

« En quoi, grands dieux, en qui tu crois ?

Coa coa ! » (etc.)

Un corvidé à gros bec, lui aussi de noir vêtu,

un freux assez affreux, le créateur l’avait fabriqué ainsi,

doctement, souvent le veut le port de l’austère habit noir,

s’adressa au païen de batracien :

« Quoi ! il l’a dit et redit, tout comme moi, il croit.

Croa croa ! » (etc.)

 

C’est alors que, miracle, spontanément, une deux trois,

Ils entonnèrent l’hymne à la foi et à la joie.

« Crois, coa, croa » (etc.) 

… ce qui n’entraînera pas automatiquement un passage à l’Olympia.

*** fin ***

 

 

« Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où,

le Héron au long bec emmanché d’un long cou. »

Ainsi s’interrogeait Jean de La Fontaine.

 

Le héron errant tournait-il en rond ?

Belle interrogation !

 

« Hé, Jeannot ! – l’apostropha au passage l’impertinent Pierrot –

Ch’ peux t’ refiler un tuyau servi tout chaud par la Maison Poulbot :

Il s’en va retrouver un perdu de vue ancien poteau. »

 

En leur prime jeunesse, arbre et oiseau furent proches voisins

Chacun de modeste condition. A l’origine un œuf, une graine.

Pour le héron, un coup de Papa à Maman

Pour le saule, un coup de vent.

 

Côte à côte, à leur façon, ils avaient grandi.

L’un s’affina, tout fut fin et long chez lui,

l’autre prit, touffu, hauteur, volume et s’épaissit.

 

Au fil du temps, fatalement, leurs voies avaient bifurquées.

Le saule, trapu et feuillu, assigné à résidence, figé pour l’éternité,

Le héron, libre de mouvement, parcourant ciel et terre comme le font les ailés.

L’arbre, sagement, prospère et pépère s’était rangé des affaires

L’échassier pour sa part n’avait eu de cesse de s’envoyer en l’air.

 

Certain jour, sonna l’heure de leurs retrouvailles.

 

Le héron, le géant vert asticota et taquina, même un peu au-delà :

 

« Depuis ce jour où tu as vu le jour

Pas plus d’un pouce que d’un doigt de pied tu n’auras bougé, mon balourd.

N’as-tu jamais dans les jambes ressenti des fourmis, gros engourdi ?

Tu aurais pu voir du pays, te faire des amis et mieux, des petites amies.

Aller loin t’aurait évité cet embonpoint.

Seulement voilà, enraciné, tu n’en fis rien.

Moi, qui suis adepte de l’exercice quotidien,

n’envies-tu pas ce jour ma taille et mon maintien ?

 

– Certes, je suis quelque peu massif côté ramure

Mais qui cela gêne ? Je ne fais pas souffrir outre mesure la nature.

Chez moi, chacun peut trouver gîte et nourriture

Altruiste je suis, nullement égoïste. J’accueille les bouvreuils

et toutes sortes de passeraux, pies et corbeaux, des écureuils

J’offre volontiers mon tronc en support aux plantes grimpantes

qui se désespérent d’être rampantes

Toi, tu vas, tu viens, dans les airs montes et sur terre redescends

L’air supérieur, du matin au soir, indifférent, fier comme Artaban

Reste planté des heures à guetter tes menues proies d’un œil rond

semant la terreur chez les batraciens et la gent poisson.

 

Le divin commandement « Tu ne tueras point » aurais-tu oublié ?

A l’heure du jugement dernier, au soir du grand soir,

À ton avis, qui sera bon à griller dans l’infernale rôtissoire,

pour l’éternité condamné et damné ? 

Penses-y dès aujourd’hui mon cher ami. »

 

C’est alors qu’on retrouve au bon moment le bon JdLF,

– spécialiste reconnu en conclusions –

Rencontre opportune, piquons-lui sans vergogne une citation : 

« Garde-toi, tant que tu vivras,

De juger des gens sur la mine. »

*** fin***

 

Hep !

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” Le Big Boss veut qu’on fasse des marmots
Chéri, il va falloir dare-dare se mettre au boulot.
Pour respecter le divin règlement, en avant ! ”
déclara l’impétueuse et sulfureuse Ève au placide Adam.


 D.R

 ” Misère ! j’ai égaré la notice dans le Jardin des Délices !
rétorqua piteusement l’étourdi mari.
Au nom du Père et du fils
Nous ignorons quel orifice fera bon office ?
Qu’est-ce donc là chez moi ces bosses, chez toi tous ces trous ?
Que faire et qu’en faire ? Et nul ici ne peut nous renseigner
Puisque nous sommes les premiers.
Le serpent ment comme un arracheur de dents
Ne nous fions pas à lui pour faire des enfants,
Il nous a déjà valu pas mal d’emmerdements.”

Comment alors devaient-ils procéder pour procréer ?
Vice et versa, au diable la vertu, ils allaient tout essayer.
À l’envers et à l’endroit, de haut en bas, dans tous les sens,
Y compris à contre-sens, pour qu’arrive à bon port la semence.

L’idée leur vint de demander conseil au Saint-Esprit, une fois,
Et de l’histoire de l’humanité ce fut le premier ménage à trois.

A la tâche avec ardeur nos deux béotiens s’attelèrent
Et furent les premiers authentiques pervers sur Terre.

Ainsi Ève enfanta de son Caïn d’aîné de gosse.

Ayant le mode d’emploi, pour la suite, Abel et Cie,

ce fut plus classique, plus rapide et fastoche.   **

Comme l’a énoncé doctement Jean de la Fontaine,
” Nous devons tout à nos aînés. “


Dans notre longue histoire, que de fois ils furent copiés !

*** fin ***

* légèrement en avance sur son temps !

** c’est à eux que nous devons la nuit de noces.

(Janvier 2018)

 

Et cette grosse bête qui monte, qui monte

Plus haut, toujours plus haut

La Seine la Seine, ah ! la vilaine vilaine

Qui monte monte et n’en finit pas                                   .

 

L’eau l’eau l’eau

Là là là

Oh là là l’eau, ô Lola, là là

Plus haut que les godillots

Bien plus haut

Dépassés les genoux, quoi, ça va monter jusque au cou

après avoir noyé mes guerriers vaillants grelots ?

Gla gla gla du bas à la chéchia, glou glou glou partout beaucoup.

Water, l’eau… Morne Seine – aurait dit Hugo.

Waterloo Waterloo…

Tout mouillé, je n’ai plus un poil de sec,

Foutaise que ce gilet de fortune d’un pseudo plan Orsec.

Que Y-A B. et les télés en des lieux éloignés aillent se rhabiller !

Allô allô ! Envoyez-moi par Colissimo de toute urgence un tuba :

Destinataire : Monsieur le Zouave, Pont de l’Alma – ça suffira, on me trouvera

(À livrer à domicile, je suis dans l’impossibilité de me déplacer)

 

*** ***

Voisine et voisin

La statue et la rose dans un grand jardin.

L’un, stoïque et massif, par les années marqué,

Dans la roche noircie à jamais sculpté

L’autre, aguichante, un tantinet frivole

Dévoilant volontiers ses charmes sous la corolle.

Émoustiller les mâles endormis sur le tard

est pour la fleur tout à la fois un jeu et un art.

 

« Hé, le tas de pierre, t‘as quel âge au juste Auguste ? Tu dors ?

Réveille-toi, regarde comme je suis jeune, colorée, svelte et fraîche,

Je me balance au moindre alizé, je bois le soleil et l’eau à pleines goulées

Franchement, ma prestance tu devrais envier,

Car toi, tu es là, indifférent, figé sur ton socle depuis une éternité. »

 

Interpellé à la provocatrice calmement rétorqua :

 

« Pour moi qu’importent la pluie, le vent, le soleil, les frimas

Ce qui, effrontée, n’est pas ton cas, ce que tu ne sais pas.

Vois déjà comme tes pétales commencent à décliner.

 

Dans ta famille, j’en ai vu passer et trépasser tant et tant.

Tes arrière-arrière grands-mères, et même au-delà

Tes grands-mères, ta mère, tes cousines et tantes

Toutes provocantes, bien vivantes puis rapidement mourantes

Toutes sont parties, après une courte vie, vite flétries.

 

Qui d’elles se souvient encore, qui s’en soucie ?

Moi, que tu crois sans vie, je suis encore ici.

Comme elles bientôt tu nous quitteras

et je serai impavide toujours là.

Dis-moi, sincèrement, qui de nous deux est à envier ? »

 

*** fin ***

 

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dessin de Céline

 

Il était une fois un dodu et blond épi de blé
Qui entendait profiter de l’été pour voyager.
C’est vrai quoi ! Comment ne pas se lasser
Tout au long de l’année d’être au même endroit planté.
d’autant que la Beauce, quelle que soit la saison, n’a rien de folichon.
Chacun peut comprendre ses légitimes démangeaisons.

Tout à la fois, il envisageait de ficher le camp,
prendre la poudre d’escampette et du champ.

Oui mais…
Tout est compliqué quand on risque d’être prochainement fauché
si on n’a eu la sagesse de mettre un peu de blé de côté.

Un oiseau charitable qui passait par là
– un genre de moyen-courrier, formule économique pour voyager –
La bonne solution lui proposa et sur-le-champ d’un coup l’avala.
Hélas ! L’épi voyagea inconfortablement en soute. Quel dommage !
Il ne vit absolument rien du paysage.

L’oiseau le largua de haut sans parachute.
Combien brutale et cruelle fut la chute.

 photo Yveline Gautron

 

Je ne suis pas du genre à me vanter, mais…

vraiment, j’aurais pu faire belle carrière

en catégorie supérieure, promotion fauteuils Voltaire.

J’avais assurément en main tous les atouts pour plaire.

 

Accueillante ô combien, confortablement rembourrée

pour qui désirait y déposer son fessier.

 

Quand, après en avoir largement profité, le séant a levé le camp,

que sa commère la mer s’est retirée sur le champ,

le fond défoncé,

j’ai eu le sentiment d’être abandonnée.

 

De dépit sur le sable les bras m’en sont tombés.

 

Misère, sans eux, avec désormais pour seul attrait cette piètre paille

à toute heure, de tôt à tard, je piaille et rouscaille

 

Voilà pourquoi on m’a vilainement surnommée l’Amère La Chaise.

 

Je connais du côté de Ménilmontant un parent parisien,

tout disposé à m’offrir paix et repos dans un petit coin.

 

*** fin ***

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dessin de Céline

Venue sans crier gare des tréfonds
Une larme de fond a perlé en surface
Puis a coulé lentement sur la joue
Laissant sur ton maquillage
Le sillon marqué du naufrage.

Elle a roulé le long de ton cou
Là où hier encore je déposais des baisers
Puis dans un léger tissu a subitement disparu
Sans se fendre d’un salut à la compagnie,
J’ai compris qu’entre nous aussi c’était fini.

En effet ce le fut.
De ma vie, comme elle de ma vue,
toi aussi tu disparus.

 

Alarme.