Vocation contrariée.

Mon ambition : conduire une clientèle de particuliers
Du point A au point B et plus si affinités.

Avec un prénom si tendance, Hubert, hé hé,
je pensais avoir toutes les chances de mon côté !

T743  merle et la roue

Dans ma stricte tenue noire, plumage lissé, stylé, je me suis présenté
Le recruteur, front plissé, a parcouru mon dossier
Puis m’a observé sous tous les angles, l’air affligé.

C’est alors qu’il a déclaré : « Ca va pas être possible, désolé.
On connait trop votre comportement à vous autres les merles
Vous sifflez à tue-tête à longueur de temps, ce qui indispose le client.
Si j’ajoute votre propension à vous envoyer des petits vers en quantité
De la sécurité de notre clientèle vous ne pouvez prétendre être garants,
Un risque que nous ne prendrons certes pas, pas question de vous recruter.
Pour le poste, vous et les vôtres n’êtes aucunement qualifiés ! »

A quoi bon monter sur ses grands chevaux quand le rêve est brisé
Et que sans même avoir démarré on est rangé des voitures ?
Pour le poste envisagé, c’était râpé !

Merle alors !

***/***

 

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Fin de journée, le dernier coup de ballet passé,

Petit rat rapidement a quitté sa tenue,

À la poignée de la fenêtre accroché son blanc tutu.

T742 tutu

 

La voilà sans malice offrant aux regards son dénudé dodu cul.

Dieu comme il est rond, ferme et rebondi,

Aussi parfait que celui de la Vérité sortant du puits !

 

Désœuvré, le fantôme de l’Opéra qui rôdait par là,

Tel David Hamilton, lubrique et tenté, le coup tenta

 

A l’ingénue en adéquate tenue, un pas de deux très particulier il proposa :

« Entre toi et moi, de la différence de condition, d’âge ne faisons pas cas.

Aux plaisirs qu’on déclare à tort défendus je peux agréablement t’initier,

et promets de t’emporter vite fait au 7 ème ciel – la formule est si belle –

le lieu qui convient pour devenir à coup sûr une étoile. » 

 

Ensuite… La suite… L’histoire ne le dit pas.

Voilà qui dispensera de désagrément certains esprits délicats.

*** / ***

Entendez-vous dans nos campagnes ces dames qui bruyamment réclament

La satisfaction de leurs essentiels besoins.

« Krouik krouik » grognent les truies, en arrivant au  porc :

«Vas-y dare-dare, gros lard. Jette l’ancre et envoie la purée,

Encore… Encore… Plus vite plus fort… »

Pour bousculer le mollasson à la queue en tire-bouchon

A leur goût, dans la copulation, trop mou sur ses jambons.

Dans l’écurie voisine, « Hihihihi », la jument hennit,

Grince des dents quand l’étalon poussif passe en mode ralenti :

« Comment, gros paresseux, c’est déjà fini ! N I ni ?

Pour l’Arc de Triomphe, je te le dis, c’est cuit…!»

Jeannot Lapin est à la peine avec Lapine.

La cane doit patienter jusqu’au mercredi que le Canard paraisse.

Le coq de Bresse paresse et les cocottes, « Cot cot cot », en cercle tout autour

Le pressent de remuer du croupion au rythme du tambour

« Allez le coq… hue ! Coq… hue ! Coq… hue !»

 

T741 femelles insatisfaites IMG_2156

De chacune vers chacun,

Ce genre d’encouragement assassin coupe les moyens

… Ce qui, pour le coup de rein, n’arrange rien.

Mesdames, sachez faire preuve de patience et de tolérance

Avec un moderato dans les propos, du ramollo vous gagnerez la confiance

Et du malheureux vous ferez un mâle heureux.

*** / ***

Le héron, en tout, de partout, si long, si long,

d’un oeil circonspect, observait dans l’enclos le canasson.

 T740 jument et héron  PC 004 (1)

Canasson ? Quel affront, quel laid nom !

Ce n’est pas que l’oiseau haut perché ait reçu mauvaise éducation

Mais ignorant tout de l’équidé, son sexe tout comme son nom,

Ne savait le nommer d’une autre façon.

 

Monsieur Au-Long-Cou examinait la bête dans le pré et s’interrogeait.

« Comparons-nous. Il est volumineux, il a quatre pattes et de crin est sa queue

Je suis de plumes, certes fluet, n’ai que deux pattes mais une solide paire d’ailes.

Entre nous, la belle différence ! Sincèrement, mérite-t-elle tant de médisance. »

 

Au grand jamais La Fontaine n’égratigna l’espèce dans ses écrits

Pas la moindre moquerie, nulle douteuse plaisanterie,

Alors qu’il avait reçu bon compte, lui le modeste échassier.

L’auteur pour des générations l’avait copieusement chargé !

 

Le Castelthéodoricien n’y était pas allé de main morte,

Pas plus qu’avec le dos de la cuiller, pour le discréditer :

Ah ah ah ! Voyez son long cou, ses longues pattes, son long bec !

Dans un inventaire à la Prévert, jamais en rade de tout long,

Et d’en rajouter, de se gausser, sans une once de générosité.

 

« Je suis comme je suis mais je me rends où je veux, quand je le veux, libre comme l’air

Trois petites foulées, je m’envole et au loin vole dans les grands espaces de l’éther,

Pas comme cet animal assisté cloué au sol, à l’horizon limité par les clôtures et barrières,

Le mufle à terre, sans seulement lever le bout du nez, à brouter toute la sainte journée.

Certes je dois chaque jour chercher gîte et couvert, mais qui de nous deux doit-on envier ?

Ne vaut-il pas mieux prendre de la hauteur que rester au ras des pâquerettes. »

 

C’était là la réponse à la question toute bête d’une pas si sotte bête

Quoi qu’ait perfidement affirmé avec insistance le médisant poète.

 

Ainsi raisonnait lucidement le héron.

Comment ne pas lui donner raison ?

To be or not to be ?

N’en déplaise à Jeannot, le héron était résolument to be.

 

***fin***

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 Voilà ce que la buse était, une gracieuse effeuilleuse,

Pro jusqu’au bout du bec, aucunement vicieuse, encore moins allumeuse

Une strip teaseuse qui ne redoutait le gros rhume

Et dévoilait savamment ses charmes en chantonnant : « Mon truc en plumes. »

Une à une, elle les retirait délicatement jusqu’à la toute dernière,

Que le public ravi puisse à la fin admirer son dodu rondelet derrière.

Un renard qui assistait un jour à ce divertissement de choix en sous-bois

Fourbe comme il se doit, de la dévorer des yeux ne se contenta pas.

Quand elle fut à poil, il s’en saisit promptement et sur le champ la croqua

C’était l’heure de son repas !

 T999 la buse et le renard

Hypocritement, à l’assistance, il déclara :

«Mesdames et Messieurs, le spectacle s’arrête là.

Excusez-moi mais nécessité fait loi, n’est-ce pas ! »

 

 

 

 Voilà qui peut surprendre.

Deux pierres de proche voisinage s’aimaient d’amour tendre,

Mais hélas ! ne savaient pour se rapprocher comment s’y prendre.

 

Ne voyez rien d’étrange dans le comportement de ces minéraux,

Comme vous et moi, eux aussi réagissent à une légitime libido.

Ils étaient ainsi, logés près l’un de l’autre, à courte distance,

Mais cloués au sol, à contre-cœur, en stricte abstinence.

À ne pas même espérer le concours d’un secourable souffle de vent

Qui favoriserait la satisfaction d’élans inassouvis de ces amants.

 

T736 cailloux 160920  PC 001 (1)

Paraphrasant un célèbre prophète :

« Ce n’est pas sur cette pierre

Que je bâtirai mes dix fils… »

Se lamentait la frustrée pauvrette Pierrette.

 

Une bienveillante fée dû entendre ses lamentations et gémissements,

Car passant à propos en ces lieux, l’abbé Mourette en goguette

Montrant ses muscles pour tenter d’impressionner une nonnette

Se saisit promptement des cailloux et d’un tir bien ajusté,

les envoya faire trempette dans la rivière coulant à proximité.

 

Pierre et Pierrette se retrouvèrent ainsi dans le même lit

Et devinrent, le ciel en soit béni, enfin femme et mari.

Depuis ce jour, après avoir touché le fond, le couple nage dans le bonheur.

 

Lapidaire happy hand.

Moralité

 Comme en bien des domaines

Pour conclure en amour

Il ne faut pas hésiter à se jeter à l’eau.

*** fin ***

 

Le Créateur (C majuscule, levez les yeux et suivez mon regard), divin consciencieux ouvrier –  l’exemple ne doit-il pas venir de haut ? – pendant de longues heures le sol hostile creusa et piocha, jusqu’à boucler le parcours sinueux du modeste fleuve côtier dont amoureusement il avait fait le lit, comme dans l‘ancien temps aurait officié un stylé et efficace valet de chambre.

 

Les anges émerveillés et coutumiers courtisans dans leurs musettes harmonieusement s’époumonèrent,

de leurs célestes et immaculées plumes ils l’enveloppèrent d’un battement bienvenu et judicieux courant d’air rafraîchissant.

 

Hosanna !

 

Le laborieux et point tire-au-flanc Tout-Puissant (marque déposée) s’essuya le front et déclara :

« Pour ce coup d’essai fluvial, j’en termine avec cet aqueux cours,

Un cours court qui terminera sa course,  Je l’ai ainsi décidé, en  ce beau pays qui deviendra plus tard, Je l’ai encore décidé ainsi, la doulce France. »

A la grande satisfaction de futurs cruciverbistes ravis de remplir deux cases avec deux voyelles.

 

T735 Aa mots croisés 160813  PC 009 (9)

 « Pour des débuts après tout et après Moi, glorieux certes mais néophyte qui n’en es qu’aux prémices de la Création, Je ne suis pas mécontent. Puisqu’il s’agit d’une première, qu’à cette eau courante, il faut donner un nom, ce sera Aa. »

 

En aparté : Cela peut surprendre, à l’exception des sceptiques, nombreux, car l’alphabet n’avait pas encore été inventé.

De là à déclarer que l’Important se mélangeait les pinceaux, mécréants, n’exagérez pas. Un légitime petit coup de fatigue.

 

Aa.

Aa, tout simplement –  difficile de faire moins !

Cela lui revient de droit. Ça ne se discute pas.

 

« Aa. Aa. Ah ! Ah ! »

Dit-il en s’esclaffant dans son abondante blanche barbe.

 

« Enchaîner sur le champ, que nul parmi vous, misérables, n’ose me le suggérer.

La suite du chantier. Ah ! Ah ! Ah !

Ab, me dîtes-vous ? Non, c’est décidé, place au repos, je m’arrête là.

Je suis vraiment trop las, épuisé d’avoir creusé à tour de bras à deux doigts du tour de rein (petite leçon d’anatomie au passage, son côté pédagogue).

 

C’est décidé. Pour Ab, que je ne sais encore où caser, on verra plus tard, je vais au plumard.

Pour l’instant, c’est Ac. »

 

Et Il passa à autre chose.

Chef de chantier surmené doit être pardonné.

D’où en notre vaste monde, certaines incohérences que vous n’aurez pas manqué de constater.

A moins que…

*** fin ***

« Rien ne la contentait,

Rien n’était comme il faut ». J de la Fontaine.

 

Ô ! France éternelle, médaille d’or catégorie râleurs et râleuses

Jamais contents, jamais heureuses.

 

T734  la corneille 160704 PC Pointe de Sizun 012

 Face à la mer, une corneille (française) se lamentait amèrement

De sa condition, aussi peu enviable, proclamait-elle, que celle du Juif errant.

Éternelle insatisfaite, face à l’immensité, elle criait sa détresse :

Celle d’être une mal-aimée, l’image parfaite de la scélératesse.

 

« Voyez Mère nourricière comme on me traite, nul ne m’aime, tous me rejettent

Pourquoi le Fabricateur m’a-t-il créée aux premiers jours si sinistrement noire

Alors qu’il y a de par le vaste monde tant d’emplumés immaculés ou irisés ?

J’inspire la peur à tout un chacun d’être aussi noire que le désespoir.

 

Pourquoi Dame Nature ne m’a-t-elle pas permis de joliment chanter

Nulle note ne s’échappe harmonieusement de mon gosier,

Je suis juste bonne à vilainement criailler, atrocement piailler,

A grincer telle une roue de brouette mal graissée

 

Bien sûr je commets quelques méfaits et répréhensibles larcins

Je chaparde, fouille les poubelles, ici et là croque quelques oisillons

Fais moult dégâts, mais diable ! ma survie est à ce prix-là

Il faut bien subsiter, alors est-ce ma faute à moi ? »

 

Grand sage, la mer l’écouta et sentencieusement déclara :

« Qu’importe ta couleur, qu’importe ton chant,

Parmi nous, il en faut pour tous les goûts, accepte-toi

Respecte-toi, respecte les autres, on te respectera

Ainsi on t’acceptera, t’ouvrira les bras, te tolérera. »

 

Sur ce bienveillant conseil, la mer déclencha un mouvement de grève

Et au loin se retira.

et vous ne manquerez pas de vous rendre d’un clic sur le blog d’Alain Gautron, Au rêve bleu,

pour y découvrir sa version

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De lapin, point, pas un, aucun.

Point, point, point.

Au grand désespoir du chasseur et de son chien.

 

Mais où sont-ils, où est-il ?

Point d’interrogation.

Rien, pas la queue d’un. Rien.

Point d’exclamation.

T999 lapin malin

 

Lapin malin les a entendus venir de loin

Ses oreilles ont fait merveille

A l’abri dans son gîte, Jeannot point ne s’agite.

Hilare, il se marre, goguenard

En observant penauds l’homme et le clébard.

 

Ce soir, des carottes au menu du chasseur féroce

Et toutou bredouille et queue basse sera privé d’os.

Quant à lui le véloce, pas du tout crétin, qui rigole dans son coin,

Pour son dîner, de serpolet et romarin il fera somptueux festin

Avant de rendre courtoise visite à sa coquine copine Lapine.

 

Morale de l’histoire :

On peut avoir de grandes oreilles

Sans pour autant être un âne.

 

 

Cette histoire m’a été narrée, un soir de veillée, devant la cheminée, par un vieux dindon y réchauffant ses membres gourds.

 Glou glou glou.

Il m’a raconté que…

Dans la basse-cour, à glotte déployée, on allait gloussant et ricanant :

le paon était à son grand désagrément la risée de la pépiante gent picorant,

alors qu’il prétendait faire sur la basse-cour la pluie et le beau temps !

T999 paon vaniteux 160312 PC 001 (11)

 

Les volatiles railleurs du poulailler entre eux de cancaner et caqueter :

« Ah ! pour parader, tu n’es pas le dernier, serais plutôt le premier.

De tes plumes en éventail, devant nous tu fais large étalage

pour séduire les poulettes qui de copuler te paraissent en convenable âge.

Paon arrogant, tu n’es pas notre parent, au nom du sang, tu feras tintin.

Notre coq, maître des lieux veille au grain, il saura modérer ton entrain. »

 

Cocorico cocorico.

Pauvre dépité paon. Son vert est plein mais sa tête vide.

En vérité, le brailleur n’a pas grand chose dans le ciboulot,

un genre de trou dans la caboche tout en haut

complété par un autre intime et disgracieux au bas du dos.

 

Léon léon léon.

 

« Quand tu fais le beau, tout de go, derrière apparait ton trou.

Le genre de m’as-tu vu qui au petit peuple montre son royal cul, 

Plutôt un pitre qu’une affriolante réplique de Brad Pitt, rien de plus. »

 

Cot cot cot.

 

Qu’on se le dise :

Ce qui est vrai pour le paon l’est tout autant pour la majorité des créatures,

la belle allure ne suffit pas pour conclure.

 

Donc

Paon remonta son pantalon

et tourna les talons.

Pan dans les dents !