Ouarzazate bascula dans l’Histoire, quand passa le grand souffle,

comme passe depuis toujours le vent chaud du désert.

 

L’ancien seigneur maître des lieux, le Glaoui, splendide à son époque, est mort depuis longtemps, à un âge avancé, à un âge qu’on dit respectable.

Il était puissant et ambitieux. A tort, erreur de calcul, il misa tout sur les Roumis. Mal joué, il perdit gros sur son hasardeux pari.

Le grand homme convoita le trône, aidant l’occupant à en chasser le légitime propriétaire. Mais un jour, vilain tour, triste jour, revirement de la politique, le roi attitré revint d’exil et le Glaoui dut se soumettre, devant son souverain s’agenouiller, faire amende honorable, acte d’obédience, demander pardon humblement.

 

Majesté, puissance, splendeur, richesses : il perdit tout.

Il partit vers le néant, inexorablement, misérablement.

Désormais le palais est à l’abandon, livré à la molle curiosité de touristes distraits qui ignorent le plus souvent qui il fut, ce que fut sa vie, sa gloire passée.

Les grandes pièces sont vides, la vie a fui elle aussi.

Il n’y a plus âme qui vive au balcon pour admirer les fêtes grandioses. De fêtes il n’y eut plus. Personne derrière les grilles de la pièce réservée aux concubines. Malgré les barreaux elles se sont enfuies au loin.

La chambre de la favorite est vide, aussi, on ne l’apercevra plus épiant derrière le grillage auquel s’accrochent les moineaux roturiers, si heureux de s’ébattre au grand soleil, avec des sensations de liberté tout plein leurs petites têtes de filles et fils du peuple.

 

Par privilège, la favorite logeait dans la plus haute pièce. Que de marches à gravir pour le vieil homme, de quoi faire tomber le désir du seigneur lorsque lui prenait l’envie d’une visite. Poids des ans augmenté par le nombre de marches. Sûr que la dame de tout là-haut avait ses secrètes recettes pour l’attirer à elle mais chaque marche de douleur le faisait gémir.

Il arrivait au but, souffle court. Ce qui n’est guère séant pour faire la cour.

Adieu à toi El Glaoui, adieu concubines voilées, adieu favorite, adieu les fêtes de jadis.

Des moineaux, il ne reste que cela.

*** fin ***

8 commentaires

  1. ah, le fameux seigneur de l’ Atlas !
    Tiens notre tyran en herbe devrait en relire l’ histoire, et se rappeler que les hommages étrangers ne remplacent pas pas un peuple, et qu’ il faut toujours privilégier les indigènes aux migrants.
    Bien à toi, soleil rouge hier soir, gris ce matin, avec un vent d’ est froid
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  2. Pour qui monte très haut, plus amère est la chute.
    Ton récit m’a permis de revenir sur cette période un peu oubliée de l’Histoire.
    Bien à toi

  3. qui n’a pas vu le désert, n’a pas tout vu, un bien joli texte que t’a inspiré le désert
    journée tranquille,
    bonne soirée

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